Issue 180 – mai 2012

Des lustres qu’on avait plus vu plus flamboyante bande de recycleurs ingénieux que Django Django, peut-être depuis 2004, où leurs compatriotes de The Beta Band avaient déposé les mélodies. Trop longtemps aussi qu’on ne s’était pas aventurés avec délice jambes par-dessus tête dans les sinuosités d’un album en ayant la fièvre aux lèvres à force de scander chaque beat. Dans la voie lactée, on s’est plu à rêver d’une ère moderne, inspirée et loufoque.

Interviews: Beach House, Tu Fawning, Here We Go Magic, Rover, Django Django, Lee Ranaldo, M. Ward, Mouse On Mars, Gravenhurst

Beach House est de ces groupes qui vous colorent toute une saison sous une pléthore de cumulus mouvants. ‘Teen Dream’ avait ponctué 2010 d’états de veille d’une douceur fiévreuse. Le premier jour du printemps, face à Victoria Legrand et Alex Scally, façonneurs de chimères, nous faisions ce constat : une ravageuse floraison venait d’avoir lieu et il était temps de la disséminer au-delà du Maryland. *** Après un quinquennat d’absence, Nick Talbot ranime sa chimère Gravenhurst avec un disque rempli de fantômes écorchés vifs. Spectral et hybride, ‘The Ghost In Daylight’ porte à nouveau l’inspiration à très haute altitude, où les éclaircies acoustiques rivalisent avec des cumulus de drones dans une atmosphère saturée d’éclairs de génie.

A l’heure même où l’avenir de Sonic Youth demeure incertain, Lee Ranaldo sort du bois et offre un premier album solo de chansons véritables qui tranche avec les expériences plutôt expérimentales auxquelles il nous avait habitués jusqu’alors. Il ne faut pas voir dans ce disque la parution d’un nouvel opus de Sonic Youth démembré mais bien la page d’or d’un journal de bord de son copilote. *** Pas iconoclaste pour un sou, Rover connaît ses classiques anglo-saxons et les revisite à l’aune de ses émotions trimballées à travers le monde. Cathartique et troublant, le premier album du frenchie est rempli de mélodies qui pétillent d’effervescence psyché. *** Mark E. Smith les avait pris, il avait tout compris. Mouse on Mars signe avec ‘Parastrophics’ un verset passionnant de la bible électronica. L’ivresse sans déboutonner la chemise, le mal de mer sans vomir, l’extase sans s’intoxiquer, le talent de proposer « la musique concrète pour tous » et le culot de groover sans rougir à chaque plage. Rencontre en apesanteur.

Toujours sous le commandement de l’infatigable Luke Temple, Here We Go Magic hisse (et ho) une troisième voile à son mât. Produit de main de maître par Nigel Godrich,  ‘A Different Ship’ a de quoi faire passer les précédents essais du groupe pour des coups dans l’eau. En dix chansons parfaitement calibrées, les Américains fendent les flots électriques de Deerhunter et les mers bleutées autrefois chantées par The Shins. *** Depuis Portland, Tu Fawning érige ‘A Monument’, un second album façonné d’harmonies vertigineuses et d’architectures pop sophistiquées. La musique de Tu Fawning évoque l’amour et la mort, la joie de vivre et la peur de clamser. Cette ambiguïté sommeille au cœur de la romance qui unit les idées musicales de Joe Haege (31Knots) à la voix de sa muse, Corrina Repp. *** Les oreilles transportées par une nouvelle livraison de morceaux classieux, on imaginait M. Ward meilleur ambassadeur actuel de l’Amérique mythique, celle où baguenaude Bandini. Ces errances-là, on le voyait déjà nous en brosser un tableau dense, et on serait quittes, en quête de frissons authentiques, au volant d’une Cadillac. La réalité est plus contrastée : derrière ses verres fumés, on devine un songwriter curieux mais peu loquace, wannabe-francophone et les yeux avides d’Europe.

Also available in: Néerlandais

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