Issue 218 – mars 2016

Héros des temps modernes, les trois d’Efterklang nous font à nouveau la surprise. Associés au batteur finlandais Tatu Rönkkö, Casper Clausen et co. enflamment la sphère pop avec Liima, nouveau projet inventif et bondissant. Quelques échos de crooners plantés dans le cœur, une multitude d’envies électroniques dans les guibolles, le fantôme de Bowie vient faire un tour, la classe de Brian Ferry pointe le bout de son nez, on frissonne du cortex.

Marlon Williams affiche vingt-cinq piges au compteur et plusieurs vies dans le rétroviseur. Du punk à la country, de la Nouvelle-Zélande à l’Australie, cet acteur des temps modernes bourlingue à travers l’histoire pour accrocher quelques trésors sur les cordes de sa guitare. Roy Orbison du bayou, Marlon Williams ajuste sa voix de crooner à l’odeur des marécages et claque la bande-son imaginaire d’un épisode manquant de ‘True Detective’.

Avec ‘Pillow’, son premier EP, Dan San posait les jalons d’une pop subtile aux accents folk. Explorant de nouvelles voies, enrichies de cordes magnifiques, mettant en avant des sonorités analogiques vintage comme on les aime, les compositions de ‘Shelter’ brillent par leur dimension introspective, la finesse de leur structure et leur côté lyrique. Ce qui frappe aussi, c’est la grande mélancolie de ce disque qui touche à l’âme.

Depuis 2010, la pop française se réinvente dans sa propre langue tout en assumant pleinement ses influences anglo-saxonnes. Grand Blanc rejoint cette famille, qui va de Moodoïd à La Femme, en passant par Cheveu, Bagarre, Flavien Berger… ‘Mémoires Vives’, grand barnum d’électro cold wave jamais glaciale, toujours inclassable et absconse, condense les sensibilités de quatre personnalités intelligentes et littéraires juste ce qu’il faut pour rendre ce disque à la fois pas con et totalement primaire.

Sainte-Merde, il existe encore des disques comme ça en 2016. Schvédranne, nom à coucher dehors, débarque avec un disque extraterrestre, bluffant, sidérant, questionnant le sens du monde, de la vie : un vieux poète engagé, globe-trotteur, marqué par la guerre d’Algérie, alphabétiseur de travailleurs immigrés, professeur de yoga et de sanskrit, récite ses vers fulgurants et révoltés sur fond d’électro-dub, hypnotique ou exaltée, taillée de main de maître par un trentenaire fan d’Amon Tobin.

Dix-huit ans et six albums que Françoiz Breut nous fait multiplier les départs, changer l’échelle de notre pupille. Qu’on se laisse mener par le bout de la langue de ‘Portsmouth’ à ‘Tarifa’, en laissant ses amours et les nôtres frôler ‘Le Ravin’. Qu’on observe mieux le monde, ‘Derrière [son] Grand Filtre’, s’émerveillant de ses fantaisies et de ses doutes. Avec le rétrofuturiste ‘Zoo’, nous voilà plus que jamais à l’affût et le poil qui frise sous les ondoiements de cette charmeuse de cimes sibyllines.

Deux poteaux s’enjaillent à une soirée berlinoise et décident de monter un groupe. Ils imaginent un patronyme burlesque, rentrent à Londres et enregistrent un premier disque; ‘The Album Paranoia’ aurait pu sortir au creux de l’année ’96, coincé entre les illustres ‘Washing Machine’ et ‘OK Computer’. Les deux Rhys à la tête d’Ulrika Spacek ont visiblement bu le lait maternel d’une Dame Shoegaze au sein généreux et particulièrement racé, si bien qu’ils s’imposent comme la relève ultime d’une jeunesse sonique en soif d’expérimentations dans un monde où les guitares prendraient le pouvoir.

Also available in: Néerlandais

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