Issue 217 – février 2016

Animal Collective est un symbole, le porte-drapeau d’une esthétique née entre deux siècles. Après une flopée de disques essentiels et un climax (‘Merriweather Post Pavilion’), la bête s’est retirée. Mais voilà qu’Animal Collective refait surface. En beauté. Loin de New York. Au carrefour des genres et du monde, ‘Painting With’ rebondit comme une balle de ping-pong fluorescente, superpuissante.

Les Fat White Family savent comment brûler la chandelle par les deux bouts. Mais malgré des frasques presque pas croyables, des défonces longues de plus de deux ans, les plus gros tocards du Royaume-Uni parviennent à nous pondre un putain de disque intemporel, un effrayant cabaret glam trash et obscène.

Les Scrap Dealers ont creusé un sillon de guitare brûlant dans le paysage liégeois, qu’ils approfondissent avec ‘After A Thousand Blows’, plongée sous apnée dans une mer d’huile, quelque part entre le shoegazing d’Appliance et Spacemen 3 et les circonvolutions hypnotiques de The Oscillation. Les condruziens explosent en six plages les limites soniques qu’ils s’étaient autrefois imposées : leur rock se dilate, s’étire, se libère pour de plus stratosphériques contrées.

Une artiste unique en son genre. Dont les sources de la félicité remontent tant aux classiques de la littérature, de Joyce à Kipling, qu’aux grands noms du songwriting folk, ils vont de Bridget St John à Joni Mitchell. Un parcours sans faute, entamé sous le duo Born Heller, poursuivi par l’extraordinaire premier album ‘Hazel Eyes, I Will Lead You’. Avant que de branche en branche, Josephine Foster ne tisse une forêt hallucinée, tressée de sa guitare virtuose et de sa voix sublime.

De sa période Encre, on conservait en nous le ‘Flux’ compact, les mots aiguisés. Avec Stranded Horse et sa kora comme épine dorsale, avaient surgi d’autres façons d’accueillir les brèches, d’accepter le mordançage du ‘Sel’. À l’écoute de ‘Luxe’, toile métisse brodée à points d’or entre Dakar, la France, et d’autres territoires où collecter des pistes, on a palpé la disponibilité au monde d’un musicien qui se laisse titiller par ses envies, qui n’a pas peur de ‘Refondre les Hémisphères’.

Troisième essai de Marble Sounds, ‘Tautou’ change la donne du groupe flamand. D’une jolie élégance mélodramatique, elle renvoie vers l’intimité de Lambchop (ah, ces cordes élégantes) mais aussi vers l’expressionnisme d’Arcade Fire et au chant de the Notwist, la mouture 2016 du quintet mérite bien plus qu’une simple écoute distraite un dimanche après-midi pluvieux.

Récente signature de 4AD, Daughter aurait pu figurer au sein du catalogue historique du label, à la grande époque des Cocteau Twins et de This Mortal Coil dont il apparaît comme le successeur malgré lui. Le groupe a la réputation de toucher la corde sensible d’auditeurs friands de folktronica délicate. Il n’en ira pas autrement avec le nouvel opus, ‘Not To Disappear’, auquel le trio londonien a donné naissance à New York.

Also available in: Néerlandais

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