Issue 216 – décembre 2015

Cette année aura été marquée par deux disques à l’âpreté tellurique, deux artefacts arrachés au sable du Moyen-Orient, fruits du travail de Radwan Ghazi Moumneh, l’un en compagnie des Suuns, l’autre en solitaire sur le label Constellation pour lequel Radwan œuvre aussi derrière les commandes. Entre imprécations sensibles, expérimentations sonores et électro minimaliste, Jerusalem In My Heart bouscule, fascine et hypnotise.

Matt Berninger (chanteur de The National) observe son passé et revisite ses rêves adolescents aux côtés de son vieux pote Brent Knopf (Menomena). Engagés dans un projet parallèle nommé EL VY, les deux hommes signent un album entre new-wave et post-punk, où on zone dans des chambres d’hôtel traversées par le fantôme des Minutemen, l’amour et l’ennui. Musique et mélancolie pour la vie.

Il y en aura pour le juger coiffé de la couronne d’héritier de Gill Scott-Heron, ou né des effleurements dérobés de John Coltrane et Nick Drake. D’autres choisiront tel grain de beauté soul de James Blake, tel repli de la nuque de Fink pour dresser son portrait, en tâtonnements soyeux. Dans le lacet doux-amer des notes de Jono McCleery, au creux de leur sobriété, de leur sérénité, vous finirez par vous draper.

Entre pics abrupts, campagnes reposantes, sous-bois épineux et dancefloors en velours, la balade dans la discographie de John Grant est tout sauf une flânerie du dimanche. L’ex-Czars continue à triturer les cartes-mères pour élargir une palette sonore au service de ses addictions eighties. ‘Grey Tickles, Black Pressure’, une nouvelle pièce maîtresse dans une production qui ne cesse de devenir décisive pour peu qu’on en force les cadenas.

‘Valse 333’ est un petit miracle, une acmé de pop un peu sale, un truc fulgurant où les thorax sont des balafons et où l’on traverse la Mer Rouge en pyjama à mille fois la vitesse du son, laissant sur place les vagues figures – Jean-Louis Murat, Arthur H – auxquelles on pourrait associer son auteur, Julien Sagot, 37 ans, dont 25 au Québec et une dizaine dans un groupe assez moyen (Karkwa) dont il s’émancipe aujourd’hui avec une folie et une démiurgie rares.

Révélation hypnotique et abrasive, TRAAMS remonte la machine à bloc et libère les forces motrices pour un second album saturé. ‘Modern Dancing’ devrait laisser pantois tout amateur de rock indé en manque, jetant les ponts qu’il restait à construire entre Television, Weezer, Neu ! et Pavement. Stu Hopkins, chant brisé à cru sur un flot de feed-back, s’isole au milieu des cartons à chaussures pour en aborder la genèse.

Il nous fallut attendre leur venue à l’A.B. en octobre pour se prendre Sleaford Mods en pleine face. Entre hip-hop bancal et post-punk instable, la recette fait mouche et percute. S’ils parlent de la colère et des frustrations quotidiennes, leurs textes disent les choses sans artifice et sans haine, aiguisés dans le corps d’une langue taillée au couteau. Ses brûlots, le groupe vous les flanque à la gueule et n’attend rien en retour.

Immense espoir de la techno aux multiples influences (de la house à l’EBM en passant par le dark wave), Helena Hauff est passée en 2015 au stade d’artiste confirmée de tout haut niveau. Grâce à deux EP (‘A Tape’ et ‘Lex Tertia’) et un premier LP absolument miraculeux, la productrice de Hambourg inscrit déjà son nom à la (longue) liste des DJ allemands à suivre à tout prix.

Also available in: Néerlandais

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