Issue 215 – novembre 2015

On tient Odezenne à l’œil depuis quelques années déjà. On les kiffait dans l’ombre. En secret bien gardé. Mais aujourd’hui, le trio bordelais qui ne fait ni tout à fait du hip hop ni totalement de la chanson, revient avec un album électro-extraterrestre dont il est impossible de passer sous silence la trop belle tristesse. Un disque qui peut à la fois inviter à pleurer, à danser et servir de manuel de psychanalyse aux pratiquants du cunnilingus, c’est précieux.

Leur grammaire rythmique jouette et branque, leur pétrissage amoureux des vocables, leur bestiaire – souvent mort mais foncièrement vif – font office chez nous d’élixirs, d’exhausteurs de réel pour nous bercer la tête bien près du mur. C’est peu dire que ‘Deableries’ nous a fait enfiler fissa ses coquins de hauts-de-chausses glissants et qu’il y avait dans l’air comme une impétueuse envie de célébrer, en compagnie de Sing Sing, les mystères encore à frôler en compagnie de Arlt.

Conducteur fantôme sur l’autoroute du rock français, artisan extra-lucide d’une poésie du désastre intime et universel, Pascal Bouaziz nous a habitués avec Mendelson à prendre son temps pour asséner ses uppercuts à la foi dans le quotidien. Sous l’impulsion de Jean-Michel Pires, un des deux batteurs de la formation, le side-project Bruit Noir a vu la nuit dans une forme d’urgence. Alan Vega et Martin Rev ne sont pas loin. Kerouac et Ginsberg, Ian Curtis et les Bisounours non plus.

Oh-My-Fucking-G.O.D.! On aimait Oneohtrix Point Never pour son électro exigeante, mais rien ne nous préparait à la déferlante de beats de ‘Garden Of Delete’. Outrancier, ce second disque pour l’écurie Warp éclabousse sans vergogne son auditeur. C’est un patchwork bruitiste et hyperactif au but non dissimulé : foutre la vulgarité pop à poil pour en révéler toute la sensualité, à grand renforts de digressions brutales et de surprises stylistiques. Daniel Lopatin reste aussi imprévisible que sa musique.

Entre ombres et lumières, battements de cœur, synthés lunaires et ultimes lueurs du stroboscope, on s’abandonne dans les limbes de ‘Howl’, un disque magique – et majeur – imaginé par Ryan West. Seul homme derrière les manettes de Rival Consoles, l’artiste londonien assène l’uppercut électromagnétique de cette fin d’année : une plaque tournante, toujours mouvante, qui connecte les circuits de James Holden, ceux de Jon Hopkins et du ‘WIXIW’ des Liars. Une fameuse performance.

Trois ans après un premier album particulièrement brut de décoffrage, The K déploie un son certes moins directement agressif, mais finalement beaucoup plus tendu et lancinant. Le trio liégeois revient avec un disque bien plus insidieux,une collection de dix titres cisaillés avec finesse, irrésistiblement menaçants et torturés.

Un disque sournoisement réjouissant, une personnalité main de fer dans un gant de soie, une façon de puiser dans le creuset historique de la pop pour mieux lui mordre le cou, bien plus sauvagement que Deerhunter : autant de raisons qui nous ont donné féroce envie d’osciller avec US Girls, ‘Half Free’ mais entièrement consentants, entre horreur et désir.

Also available in: Néerlandais

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