Issue 213 – septembre 2015

Entre guitare et piano, le dixième essai du Canadien Dan Bejar sculpte des hymnes millésimés, orchestrés de cordes et de cuivres luxuriants. ‘Poison Season’ rassemble toutes les obsessions de son créateur : références à la vie, à la mort, à Bowie, à Lou Reed, aux filles inaccessibles et aux villes imprenables. Entre album de la rentrée et disque de l’année, Destroyer tient son chef-d’œuvre.

De cavalcades en bravades, Battles a bataillé ferme pour arriver là où il est aujourd’hui. Réduite à un trio depuis le départ de Tyondai Braxton, l’unité assume ses conquêtes et assure ses positions. ‘La Di Da Di’ voit nos hommes se recentrer sur eux­mêmes au travers de compositions prodigieusement percussives, avec une pointe d’africanisme qui leur colle aux fesses. Extraits de la feuille de route avant le déploiement tactique.

Si vous avez grignoté votre lot de pétales avec Alex Scully et Victoria Legrand, vous ne retrouverez peut­être pas dans ‘Depression Cherry’ la cohorte de lucioles d’euphorie douce­amère de ‘Bloom’, la pleine éclosion de pivoines, la constellation hédoniste entièrement accomplie. Toutefois, l’Adn contemplatif de Beach House leur interdira tout hors­bord irrémissible. Que tout finisse par faner ou que tout perdure, tendre demeurera leur nuit…

Increvable, Low revient avec un clinique ‘Ones and Sixes’ à la beauté froide et torturée. Pour cet énième coup de maître, les attachants mormons restent fidèles à leurs recettes de vingt ans déjà. Avec cette fois BJ Burton (Poliça) à la barre et Justin Vernon dans les parages – rien que ça, Low semble être toujours du bon filon. D’aucuns appellent ça l’expérience.

Malade imaginaire, brancardière d’émotions authentiques, Ane Brun met tout son cœur à l’ouvrage pour donner corps à des chansons bouleversantes, des tranches de mélancolie disséquées avec passion. Depuis quinze ans, la Norvégienne procure du bonheur en crevant les abcès du mal. Nouveau butin, ‘When I’m Free’ pose dix diamants sur un coussin de soie.

Après deux disques impeccables, presque jumeaux, Isbells s’était fait plus discret. Il lui aura fallu trois ans et demi pour terminer ‘Billy’ et dissiper les doutes quant à la forme à lui donner, entre sobriété rêche et arrangements quasi clinquants. Le folk simple des débuts côtoie des titres plus développés où le piano et les cuivres mélancoliques rivalisent de subtilité. Une nouvelle réussite.

Branle­bas de wombat chez les abonnés psycheux : il faudra une loupe pour trouver l’ombre d’une guitare dans ‘Currents’. Exit les grattes prétentieuses qui étaient jadis l’apanage de notre savant aborigène. Parker s’amuse à les travestir, à les utiliser à contre­emploi. Finis les cours ex cathedra d’histoire des musiques hallucinogènes. Tame Impala découvre le futur.

Also available in: Néerlandais

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