Issue 211 – juin 2015

Fervente énergie noise collective dans Trunks, partitions au cordeau composées pour des pièces de la compagnie l’Unijambiste, comptines débraillées des ‘Mistoufles’ : autant d’étapes nourrissantes, autant de collaborateurs aussi inspirants que cohérents dans sa constellation vivace ont permis à Laetitia Sheriff de trouver aujourd’hui son fil d’aplomb, sa véracité viscérale. Troisième album sincère et secoué, ‘Pandemonium, Solace and Stars’ se joue des dangers à force de contrastes et se rit du diable lui-même.

Nageur en eaux très troubles, Unknown Mortal Orchestra nous avait tous drapés avec ‘II’ dans une nuit exsangue, dans l’ouate déchirée d’un psychédélisme touchant, incapable de planquer ses plaies sous l’oreiller. C’est en diablotin à ludiques ressorts, en maître loyal irisé que Ruban Nielson ressurgit: pas débarrassé de toutes ses afflictions, mais désormais sur le rebond, à califourchon sur une luxurieuse basse funk. On en connaît que cette surprenante virevolte déstabilisera: on leur opposera le droit qu’ont les phénix de faire de leurs remontées d’abyme des pieds-de-nez émancipateurs, de laisser dégouliner un peu de pluie acide – forcément violette – sur les esprits chagrins.

John Darnielle fait partie de cette poignée de singers-songwriters qui s’adressent à toi, auditeur, la main sur l’épaule. On l’écoute avec la même ferveur que celle ressentie sur la quinzaine d’albums des Mountain Goats. Derrière ses chansons palpite la voix d’un auteur, un vrai, un homme pétri d’images frappantes, de visions uniques, de mots taillés dans le diamant brut. Sur ‘Beat The Champ’, celui qui fut l’une des figures de proue du label 4AD rend cette fois hommage aux catcheurs, figures héroïques d’une enfance malmenée, et délivre un album d’une richesse infinie. Droit au cœur.

Grand roux au cœur lo-fi, Benoît Lizen chante en galionka, ce langage imaginaire qu’il s’est créé pour faire sonner son folk bricolo encore plus doux, encore plus chaleureux. Mais il semblerait qu’il parle aussi de pamplemousses. Avec des guitares de Coyote. Certes on n’a pas tout compris mais ça faisait longtemps qu’on n’avait plus été aussi retourné par un disque de rien du tout. Et pour ça, il n’y a de toute façon pas de mot.

Derry. Irlande du Nord. Témoin du fameux « Bloody Sunday », symbole d’une lutte acharnée entre les hommes, le lieu est balayé par des vents marins et par le souffle persistant de la tragédie. Les pieds posés sur sa planche de skate, Bridie Monds-Watson trimballe son look de garçon manqué à travers les souvenirs et les rues de la ville. À 18 ans, planquée derrière les majuscules de SOAK., la jeune femme esquive les exigences du monde adulte et capture les désillusions de sa génération sur ‘Before We Forgot How To Dream’, premier album lacéré par l’amour, l’ennui et l’abandon. Un trésor désenchanté à l’attention des âmes sensibles.

C’est au bar du Botanique qu’on rencontre Sophie Hunger. La charmante Suissesse y défend avec malice un cinquième album audacieux – il fallait oser s’attaquer à ‘La Chanson d’Hélène’ – en tout point épatant. Entre deux gorgées d’eau qui pique, elle nous dévoilera aussi son enthousiasme juvénile pour Courtney Barnett, sa passion intéressée pour le dernier avant-centre vedette du Mönchengladbach et une drôle d’histoire d’intoxication à l’hélium.
Au travers de notre premier cahier festivals et de son agenda, Out Loud, Pinkpop, Fête de la Musique, Graspop Metal Musique, Rock Werchter, Verdur Rock, Couleur Café, Rock A Field, Paradise City, Les Ardentes, Cactus Festival sont passés à la loupe RifRaf.

Also available in: Néerlandais

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