Issue 210 – mai 2015

Holly Herndon a tout de la première de classe à qui tout réussit. Si son essai initial ‘Movement’ l’avait d’emblée placée aux côtés de Laurel Halo, c’est dire le niveau, son successeur ‘Platform’ embraie un ton encore plus haut. Fort de mille nuances où l’electro pop joue à saute-moutons avec l’expérimental, le cru 2015 de la musicienne américaine imprime une trace durable dans le paysage, incarnant une réponse moderne et fulgurante à l’univers fantasmagorique de Laurie Anderson herself.

Jamais en place, le pois sauteur Patrick Watson a déserté la quiétude de son arrière-cour pour entendre gronder les nébuleuses, faire résonner l’espace dans toute son amplitude. Toujours perché haut, glanant tous azimuts matière nouvelle et pirouettes, on ne serait pas étonnés qu’il ait capté au passage quantité de signaux amicaux, en binaural ou en morse. *** En 2006, Alamo Race Track frappait durablement le monde du rock hollandais avec un deuxième album parfait. Une enfilade de hits yankee au goût de bois cendré qui allait propulser le groupe sous le feu des projecteurs. Quatrième escapade, ‘Hawks’ porte indéniablement leur signature, ces accents americana détournés au profit d’une écriture pop, avec une volonté cette fois plus folâtre. Laissez l’album vous prendre la main et vous serez surpris du chemin parcouru.

En 2013, les Palma Violets balançaient ‘180’ , une petite bombe garage qui pourrait te brûler les ailes direct et dont tu ne te relèverais pas. Sur ‘Danger In The Club’, la maturité est bien là, encore chétive et nue, petite boule rose fragile qui se fortifie de morceaux en morceaux pour exploser sur une face B imparable. On s’y tient les épaules, on trinque au foot et aux filles. D’abord frileux, tu t’envoies aujourd’hui ta dose quotidienne. *** 2015 sera-t-elle l’année de Pile ? Qu’importe si les chances que cet art rock trop bon pour être prospère déchaîne les foules restent minimes. On aura rarement vu groupe si émancipé, se foutant joyeusement de tous les codes. Ça peut paraître un peu con, mais Pile fait du Pile. Dans ta… gueule. Pas de couplets, pas de refrains, pas de style. Trois bonnes raisons d’en faire un disque de l’année.

Armée d’une foi inébranlable, Natalie Prass sort de l’ombre grâce aux efforts de Matthew E. White. Amoureux de soul sulfureuse et de country sexy, notre nounours préféré ne pouvait rester insensible aux charmes de son ex-camarade de classe. La brune se frotte au mythe de grandes divas (Diana Ross, Dionne Warwick, Dusty Springfield) avec la fraîcheur d’une Leslie Feist et s’affirme comme une des voix de l’année. *** Le monde du duo Tangtype est à l’image de sa musique, aventureuse et voyageuse. Passés les effets bruitistes du premier album, Julie Cambier et Jean-François Brohée ont surmonté les doutes et les obstacles pour nous offrir un ‘Trajet’ nettement plus accessible, sur un fil ténu qui relierait Gudrun Gut à Stefan Németh (Radian), un de ces disques précieux qui grandissent avec le temps. *** Alors que le succès populaire de leur premier essai aurait pu les paralyser, les membres de Great Mountain Fire s’affichent totalement libérés à l’aube d’un lever de ‘Sun Dogs’ . Loin des chansons sponsorisables, faites place aux ambiances que le groupe n’envisage pas autrement que baignées de soleil. Par-delà les frontières de la perception, leur musique hurle la sincérité et l’abandon de soi.

Also available in: Néerlandais

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