Issue 209 – avril 2015

Protégé par l’étiquette Villagers, Conor O’Brien livre un troisième album solaire et solitaire. ‘Darling Arithmetic’ grise comme une après-midi sur la grève, étourdit les sens et laisse un goût de sel sur les rebords de l’âme. Ne tournons pas autour du pot : nous tenons là une gifle pop-folk d’une douceur terrassante, une caresse à faire tourner les oiseaux dessus ta tête encore longtemps.

Luis Vasquez a le regard vif et habité. « My favorite beer is La Fantôme ». Il a du goût, aussi. Et une certaine tendance à l’auto-destruction. Le troisième album de The Soft Moon en atteste. Dark wave obsidienne, la musique est devenue plus pop et plus blafarde, une déferlante de mercure tribale et bruitiste où s’étiolent les échos de Depeche Mode et Joy Division, tandis que chutent tout autour les statues d’anciennes idoles dans de lugubres fracas électroniques. Vous qui pénétrez ici, laissez l’espoir sous l’escalier. *** Dès l’écoute de l’excellent funk mutant ‘Until you’re worth it’ sorti en guise de mise en bouche, on se doutait que l’album serait énorme. Mugwump, alias Geoffroy De Wandeleer, a beau afficher un CV à faire pâlir d’envie 99% des artistes de la scène électro, il n’en demeure pas moins d’une incroyable modestie, présentant le tout premier album de sa carrière comme étant simplement une synthèse des styles qui l’ont bercé.

Athens, Alabama. Une cartographie de sa ville natale tatouée sur le bras, Brittany Howard affirme ses origines et pose une voix majestueuse sur le nouvel album d’Alabama Shakes. Avec ‘Sound & Color’, la chanteuse s’affranchit définitivement des clichés du rock vintage. Funk furax, soul psychédélique, pop baroque, R’n’B mutant, rock’n’roll déviant ou gospel sans foi ni loi occupent un territoire à l’horizon dégagé : un monde meilleur. Enchanté, lumineux et sans frontière. ***Il est très loin le temps où Dominique A se cachait sous l’alias John Merrick pour chanter, encore ado, chevrotant, la lassitude de dimanches qui se ressemblent tous. Aujourd’hui, le chanteur lettré s’assume pleinement en artiste populaire, vieillit mieux que tous les autres et voit (grand) large. Irradié, jamais autant accessible, intègre, il resplendit sur chaque titre d’’Eléor’, merveilleux carnet de voyage vers les étendues, les lumières, le beau.

La présence de Sam Beam, Ben Bridwell, Neko Case ou Amparo Sanchez au générique des compositions contribue à régénérer plutôt qu’à renouveler le son Calexico. Vraie étape de transition dans la discographie du groupe, ‘Edge Of The Sun’ joue à saute-moutons avec les frontières, les murs et les barbelés pour se nourrir du soleil subversif de Coyoacán. Un excellent prétexte pour siroter des mezcalitos au comptoir de l’AB avec Joey Burns et John Convertino. *** Il y a plus de deux ans, on rencontrait Balthazar à la veille de la sortie de ‘Rats’, second album qui allait changer la donne pour le quintet courtraisien. Depuis, les gaillards ont trimballé leur pop ambitieuse des States au Japon, enregistré un nouvel opus intitulé ‘Thin Walls’ en Grande-Bretagne et se sont transformés en rock star : cheveux en batailles, cernes kilométriques et une certaine propension à foutre le boxon par où ils passent. Pagaille entre murs fins.

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