Issue 208 – mars 2015

Il y a deux ans, on s’était pris d’une affection XXL pour Matthew E. White, apôtre de la soul de chambre, Baloo R&B lumineux et débonnaire. ‘Fresh Blood’ unit l’émerveillement des premières fois et les adieux déchirants, dissémine plus de Jack-in-the-box à flanc de courbes, de chœurs feutrés. Plus profond, davantage dans la nuance, mais sans courroux acide, il réussit sa quête de sens en nous faisant vraiment quittes de tout ce qui résiste à la tranquillité.

Julie Campbell, alias LoneLady, est l’exemple parfait de ce que l’on appelle communément un control freak. Sur son nouvel opus, réalisé dans l’intimité de son home studio, elle fait tout ou presque : composer les titres et les chanter, mais également prendre en charge l’exécution de la totalité de la musique. C’est tout juste si elle a laissé à Bill Skibbe le soin d’apporter quelques petites touches homéopathiques au niveau de la production. Depuis Manchester, elle délivre un album fascinant mêlant la noirceur martiale du post punk aux déhanchements groovy du funk.

Canadien paumé sous le soleil californien, Tobias Jesso Jr. a eu l’impression de rater sa vie. Largué par sa copine et par l’existence, il a remisé ses rêves musicaux avant de tomber, par hasard, sur son meilleur ami : un piano. Comme dans le ‘Punch-Drunk Love’ de Paul Thomas Anderson, cet instrument est omniprésent et les sentiments se déchaînent passionnément. Humour et amour s’enlacent intensément. Sur ‘Goon’, premier album à fleur de peau, le grand bouclé joue les romantiques et s’impose dans l’épure. La beauté. La simplicité à l’état pur.

Obaro Ejimiwe déroule ses histoires en lignes droites, dévide ses bobines, sans trop savoir comment s’achève le film, sans trop s’en soucier. On tend à le rapprocher de ses confrères du hip-hop, mais Ghostpoet est fait d’un autre bois. Son univers ne s’embarrasse d’aucune fioriture, d’aucun bijou, that jewellery crap. C’est un post-rock qui ne trouve que des bars aux portes closes, un trip-hop en abord des cliniques pâles quand le ciel se dilue. Urbaine et nue, la poésie fantomatique d’Obaro Ejimiwe est une esquisse du réseau humain, cartographiée à l’aube.

C’est vendredi soir et Hubert-Félix Thiéfaine traîne ses groles et vide son sac dans les bureaux de son label, Quai au Foin. Ça lui va bien, tiens, lui qui s’est toujours réclamé des chemins de traverse et des amours campagnardes, elle descendait de la montagne sur un chariot chargé etc., etc., on connaît la chanson. Oh oh oh oh, elle a trente-sept piges. Sinon, HFT est au taquet et repart dans son Never Ending Tour, en famille et sans alcool. On est les derniers à l’interviewer et l’attachée de presse lui propose une bière, il décline : « c’est fini tout ça, j’ai arrêté »…

On était complètement passé à côté d’‘Un Courage Inutile’, il y a deux ans, où le jeune homme se présentait en Henri Calet, sous les figures tutélaires de Dominique A et Silvain Vanot. Et là, bam, on se prend les deux d’un coup et c’est la claque. Julien Rochedy, aka Orso Jesenska, réapparaît donc avec un deuxième disque époustouflant où le casting donne le vertige : Marianne Dissard, Thomas Belhom, Mocke. Tous ont contribué à façonner treize chansons inclassables, fragiles, insaisissables, floues où il est question de partir pour effacer la mer.

Fan de Stars of the Lid? Adorateur zélé de Nils Frahm? Ne cherchez pas plus loin la nouveauté, elle se nomme Kevin Imbrechts et se cache sous le pseudo poétique d’Illuminine. Projet solo de la moitié des rockeurs noise de Mosquito, l’objet débarque du studio des Sigur Ros, où il s’est concrétisé après trois mois intenses dans sa ville natale de Leuven. Produit par Christophe Vandewoude (Isbells), son premier essai inscrit sa démarche néo-classique dans un univers où l’ambient et la folk tiennent chacune une place essentielle. Un bel exercice d’équilibre mélancolique.

Also available in: Néerlandais

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