Issue 207 – février 2015

Panda Bear colore et bigarre sa musique de taches qui ressortent davantage du monde de Rorschach et des interprétations introspectives. Quatre ans après la parution de ‘Tomboy’, Noah Lennox nous revient avec ‘Panda Bear Meets The Grim Reaper’ où comment jauger ses propres transformations et ses identités changeantes.

‘Creatures’ prouve qu’il est bien plus qu’un énième DJ ou producteur talentueux et inspiré. Laborantin des textures et du son, Rone a élaboré un mille-feuilles sonique, fantasque et pointilliste, une électronique onirique qui fait du plat au meilleur de la pop synthétique pour mieux l’égarer au beau milieu d’une terra incognita multicolore. Ses compositions apnéiques nous propulsent dans un univers peuplé de songes vaporeux.

Évoluant à l’instinct, en digne rejeton de Zappa, Ariel Pink surjoue de son statut de grand prêtre du coq à l’âne musical. Son ‘Pom Pom’ provoque une sensation de vertige rarement éprouvée. Comme autant de farces grotesques d’une incroyable densité, tantôt somptueuses par leurs mélodies, tantôt complètement immondes par les tonnes de saloperies qui sont déversées dessus, les compositions s’avèrent impossible à apprivoiser, délicieusement cyniques et monstrueusement perverses ou perverties.

Du côté de Calgary, quatre musiciens sculptent un disque passionnant à même le rock. Post-punk, new wave, art rock, noise, pop indé et effusions expérimentales s’enchevêtrent sur un premier album foncièrement alternatif. En sept morceaux à la noirceur électrisante, Viet Cong traîne les cravates d’Interpol dans la boue, enfile le pull troué de Sonic Youth, astique le buste de Wire et se frotte au mythe de This Heat. Un sacré remue-ménage.

Hanni El Khatib (re)prend de la bouteille sur un ‘Moonlight’ que l’on n’aurait jamais pu lui soupçonner. Exit le blues qui (fait) tâche, exit Dan Auerbach, c’est en solo que le californien s’engouffre de justesse dans une issue de secours providentielle. Convoquant Iggy Pop et le Wu-Tang dans un skatepark de la côte Ouest, Hanni El Khatib ose le grand écart et dévoile enfin son côté obscur et ses envies d’expérimentations, logés derrière une semi-remorque de gomina et de tatouages.

Noyau dur de trois trublions braillards, Pond varie son line-up d’un disque à l’autre et entretient des relations et un partage de musiciens pour le moins fluctuants avec son frère ennemi Tame Impala. A l’heure du sixième album, Joseph Ryan entend bien mettre les choses aux points. L’avenir sera Pond et Pond vise les étoiles, à bord de sa fusée rutilante. Entretien sous forme de blind test psyché-rock, par delà les astres et les générations.

Dégourdis organismes capables d’ingérer toutes les nuances et couches d’une matière si mouvante – psyché ou pop culture, les sympathiques Bed Rugs en dispensent ensuite le suc propice aux visions durables. ‘Cycle’, en roue libre mais jamais disséminé est un formidable nœud dans le luxuriant mouchoir de nos rêves.

Also available in: Néerlandais

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