Issue 204 – octobre 2014

On avait rencontré les BRNS à l’époque où ils explosaient : ils nous avaient longuement parlé de films de série z et d’obscurs groupes stellaires à la Do Make Say Think. On les retrouve avec un premier vrai album, ‘Patine’, qui bouscule les étiquettes post-machin-chose et tient les promesses d’hier. Un truc de dingue où les chœurs sauvages titillent les clochettes sous les grands écarts noisy. Toujours aussi frondeurs, les quatre Bruxellois sont désormais ce vrai groupe majuscule. + Interviews de Foxygen, Caribou, SBTRKT, Kiasmos, A Winged Victory For The Sullen, My Brightest Diamond.

Sortis de l’œil du cyclone, que reste-t-il des Foxygen ? On avait quitté Sam Frances et Jonathan Rado en 2013 sur l’énorme succès d’un album pop sous influences Stonienne, bientôt suivi d’une avalanche de frasques à l’arrière-goût de fiel. La machine Foxygen semblait sur le point d’imploser. Léchant leurs blessures, les deux jeunes hommes reviennent aujourd’hui avec ‘…And Star Power’, double album dense et complexe qui prendra le fan à rebrousse-poil avant de lui exploser le cerveau.

Dan Snaith vient d’accoucher d’un nouveau théorème : un truc dansant et maboul, bourré d’ondulations synthétiques et d’équations arithmétiques. Plus cérébrale que la racine carrée de Stromae, la logique algébrique du nouveau Caribou explose dans les recoins d’‘Our Love’, disque façonné à l’aide des machines, aux confins des circuits électroniques. Loin du psychédélisme organique qui lui a ouvert les portes du succès, Dan Snaith se réinvente en dansant. Trop bien.

SBTRKT : s’agirait-il désormais de se jouer des étiquettes à traces durables, de contempler le monde à couvert pour mieux en capturer l’essence ? De trouver un refuge sous lequel ouvrir grand les yeux, une planète à part, un cratère de jeu collectif ? Une piste d’alunissage pour glissades en syncopes ? Aaron Jerome couve les basses, sécrète les craquèlements et fait éclore avec prodigalité sa volière de ramages un jour, voix hypnotiques demain. On est prêts à gober son ailleurs à la cuiller, son caramel citrique.

A la croisée du néo-classique et de la techno minimaliste, Kiasmos est l’incarnation musicale parfaite d’une antithèse. Piochant dans les détours et l’expérimentation, le side-project electro d’Ólafur Arnalds et Janus Rassmussen déploie un soundscaping aussi hypnotique qu’enivrant. Entre lyrisme et métronomie, ces deux orfèvres du groove émotif proposent des beats qui draguent l’échine là où d’autres s’échinent à draguer les beats.

A ma gauche, Adam Wiltzie du duo ambient Stars of the Lid, à ma droite Dustin O’Halloran et son piano tout en beauté néo-romantique. Pris individuellement, les mondes artistiques des deux protagonistes de A Winged Victory For The Sullen ne semblent pas toujours complémentaires, la réunion de leurs talents sur ‘Atomos’ prouve pour la seconde fois qu’il faut dépasser les préjugés. Pour qui aura goûté aux cordes de Philip Glass ou de Gavin Bryars, les douze pièces pour ballet renvoient carrément Max Richter à ses chères études.

Shara Worden est une apparition, les sourcils étrangement poudrés. Une tenue blanche, des baskets dorées, ses tempes rasées d’où prolifère une crinière, quand vous l’attendiez plutôt en crinoline de scène. My Brightest Diamond, un caméléon qui module à sa guise voix et formes, excentricité et rigueur et n’hésite pas à faire éclater sa bulle nacrée, à se jouer de tous les masques que d’autres lui avaient fait porter.

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