Issue 203 – septembre 2014

En 2010, Avi Buffalo faisait l’école buissonnière pour sortir la pop américaine de ses ornières. Comme chez The Shins ou The Spinto Band, la mélancolie se chante ici avec le sourire de l’enfant attendri. Collectionneur de transports amoureux avec herbier et filet à papillons, solitaire épris d’absolu délétère, Avigdor Zahner-Isenberg n’envisage que la présence immédiate et immaculée du coup de foudre. Pannes de cœur, carambolages et Chamallow, il en a gribouillé toutes les pages de son carnet à spirales. Ivre de shots et de crushs, ‘At The Best Cockold’ étale d’un geste de prestidigitateur l’éventail du nuancier Pantone avec lequel il ravive les braises sur sa Carte de Tendre.

On a pris le risque de rencontrer Blonde Redhead lors de son passage au festival de Dour… le dernier jour. Exténué par quatre nuits largement écourtées, on intercepte Kazu Makino en backstage, histoire de causer de ‘Barragán’, neuvième album aux charmes ascensionnels. Un épagneul nain sur les genoux, la chanteuse japonaise réplique aimablement à nos questions en abreuvant régulièrement son petit chien aux oreilles de Gremlins. Pendant ce temps-là, les jumeaux italiens Amedeo et Simone Pace préparent le matos sur scène : théâtre d’un nouveau rêve éveillé.

Les mains sagement croisées sur sa robe corolle, cheveux en chignon, Cold Specks a tout d’une Audrey Hepburn ébène, mais ça serait sans compter son sens permanent de la métamorphose. Sous le ton délicatement posé de ses réponses, on sait que bout tangiblement une poétesse alchimiste, une prêtresse aux paupières révulsées et aux visions subtilement âcres, un fauve taquin dont les incantations propulsent mots et fulgurances sonores en orbite.

Héloïse Letissier vous claque direct trois bises avant de devenir logorrhéique dès qu’on évoque Kanye West. Lequel rappeur se retrouve dans la plus belle reprise de Christophe entendue depuis des lustres. Un morceau transgenre qui illustre bien les obsessions un peu queer de Christine And The Queens. Et la porte d’entrée vers un disque minimal et lyrique, bilingue et mutant, à la beauté austère mais jamais glaciale, où l’électro chatouille la synth (sainte ?) pop à coup d’archets. Oui, cette fille a tout d’une Lorde. Et même davantage.

Comment la mémoire des lieux influence-t-elle le travail ou la démarche d’un artiste ? Comment les routes et chemins qui les jalonnent servent-ils de points de repère à sa vision ? Telles sont les questions que James Brooks – aka Land Observations – nous pose sans explicitement les énoncer. Avec l’album ‘Roman Roads IV-XI’, il arpentait les voies de communication de l’ancien empire romain. Sur ‘The Grand Tour’ qui sort aujourd’hui, Brooks revient sur les rites de passage des voyageurs fortunés du 18ème siècle, une ère qui marqua le début du voyage culturel et touristique à travers l’Europe.

A peine deux ans après leur impeccable premier essai ‘An Awesome Wave’, Alt-J réapparaît sur les écrans radar. A leurs dires plus abouti, moins brut et bricolo, son successeur ‘This Is All Yours’ pousse le bouchon de l’excellence encore plus loin (sortie le 22 septembre). Mélange de dub folk et d’alt rock, genre dont ils ont le millésime, les trois Britanniques ajoutent des pincées d’electronica, de beats pulsés, de percussions digitales et de chant onirique. Ajoutez-y un rôle pour la female rebel Miley Cyrus et une interview s’imposait d’urgence.

Groupe britannique composé de deux paires de frères et sœurs, The Magic Numbers régale d’une pop irrésistible et finement ciselée. Mélodies imparables, harmonies vocales et arrangements subtils, fidèles à leurs bonnes habitudes, les familles Stodart et Gannon délivrent avec leur quatrième album une superbe collection de pièces d’orfèvrerie pop.

Also available in: Néerlandais

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