Issue 199 – avril 2014

Trempons nos plumes dans la salive et la sueur de ceux qui plient mais ne rompent pas. Percutons-nous dans les batailles à chorus tourbillonnant d’un clan bruitiste et rutilant pour qui les lendemains hurlent ou exultent, à mesure des pas gagnés sur les ténèbres, au gré des bribes cueillies pour le clan des veuves, des orphelins et pour chacun de nous. Avant leur performance à l’Orangerie, rencontre avec Efrim Menuck, penseur et porte-voix de Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra, quintet jamais en voie d’extinction.
Alternative à la luminothérapie, Real Estate illumine la pop d’une saine mélancolie. Les garçons fabriquent des chansons bercées par un soleil couchant et des souvenirs. Intitulé ‘Atlas’, le troisième album du groupe évoque les instants insouciants de l’enfance. Ici, le futur peut bien attendre. Real Estate répond présent et, une fois encore, le cœur a envie de pleurer de bonheur. *** Quand on vénère Ty Segall, choisir de s’appeler Vélo Tout Terrain n’est peut-être pas anodin. Allons-y gaiement, à travers tout, à fond la pop et suive qui veut, qui peut. Les Bruxellois, qu’on a connus dans des projets plus crades (Thee Marvin Gays, Warm Toy Machine), violent aujourd’hui la bible du parfait petit garagiste, se détendent de la réverbe et ne pédalent pas dans la choucroute : Mountain Bike, c’est surf, c’est pop, mais ça reste relativement graisseux. En un mot : jouissif.

De sa bouche s’écoule toute l’âme africaine, depuis les terres natales jusqu’aux contrées forcées, dans une langue chaude et lumineuse. Réalisé sans son Spasm Band, ce ‘Time’ n’est pas pour autant une escapade solitaire. Fruit de la rencontre avec l’exceptionnelle Meshell Ndegeocello, il s’agit d’un album tout entier dédié à la spoken poetry, d’une ode magistrale à la musicalité de la parole. Anthony Joseph nous entraîne dans une ronde de sentiments aux pouvoirs ancestraux. *** Dix ans de carrière, sept albums et quatre-vingt chansons, le bilan froidement chiffré de la carrière de Marissa Nadler cache une donnée essentielle : sur la déjà abondante production de la songwriter (et peintre) américaine, le moindre titre est au minimum excellent, pour ne pas dire prodigieux. Aussi quand en 2014, Marissa parvient encore à nous surprendre – tout en restant fidèle à son univers dark folk – la performance n’est que plus remarquable.

Une tournée d’une dizaine de localités abandonnées desquelles ne subsistent que les fantômes, les ruines ou les reliques. ‘Abandoned City’ mériterait le pluriel tant la diversité des lieux envisagés est recherchée. Hauschka revient à son instrument premier : le piano préparé. L’empreinte mélancolique est prégnante. Ce n’est pas seulement celle d’un endroit dévasté ou irrémédiablement perdu, c’est aussi celle d’une manière délibérée de construire des sons. Comme s’il faillait compenser le désagencement de ce qui fut, de ce qui jadis se tenait droit, la disparition fatale d’un lieu de vie. *** Après un couple d’EP qui laissent le public pantois, dont l’un en compagnie de Flume, l’Australien Chet Faker prend le temps et sculpte dans la glace un premier disque aux reflets arc-en-ciel. Prisme infini aux diffractions soul, house et jazzy, ‘Built On Glass’ a l’instabilité du givre sous les premiers rayon de soleil, la délicatesse de Four Tet et le charme de James Blake. Laissez-vous glisser dans ses eaux froides. *** La pop de chambre infusée de post rock avait laissé place à un son résolument pop qui restait en même temps du Yuko pur jus. Trois ans, une paternité, un changement de line up et la mise sur pied d’un propre studio plus tard, on assiste encore une fois à un bond en avant. De quoi nous lancer dans une discussion animée sur les œufs, les blondes et les chants grégoriens, sans oublier, bien sûr, ‘Long Sleeves Cause Accidents’.

Also available in: Néerlandais

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