Issue 198 – mars 2014

Les paysages sonores de The Notwist redessinent à intervalles réguliers une géographie transcendant les frontières entre l’autisme des machines et le romantisme de l’électronique. S’ingéniant à brouiller les pistes, le nouvel opus de la formation allemande témoigne à nouveau de cette capacité à métamorphoser les abstractions et la mélancolie. Entre folk, shoegaze et expérimentations analogiques, ses compositions dilatées et diffractées, qui doivent beaucoup au collage et à l’improvisation collective, devraient enfin permettre à ces Teutons Flanger de tourner la page ‘Neon Golden’.

Depuis son premier disque solo en 2004, François Marry n’a eu de cesse d’évoluer, sans jamais se départir d’une mélancolie lumineuse, vers une pop de moins en moins bricolée, de plus en plus maousse, jusqu’à devenir avec l’increvable ‘E Volo Love’ de 2011 le premier artiste français signé chez Domino. Aujourd’hui, bien que François & The Atlas Mountains s’en défende presque, il est quasiment impossible de résister au groove incandescent de ‘Summer Of The Heart’, à la tristesse lancinante de ‘La Fille Aux Cheveux De Soie’, le plus beau morceau d’une carrière déjà culte. *** S’accrocher à quelque nuage. Espérer que plus dure ne sera pas la chute. S’aider du vertige pour rebondir, se reconnecter à sa prise de terre, rassembler sa garde rapprochée pour faire rempart contre sa peur du vide, pour élever de nouvelles notes. Dans ce sas à toute vapeur où sa fibre classique aurait pu faire collision avec son goût du décalage, Adam Granduciel, voltigeur inquiet, n’a pas lâché la barre. Volontairement perdus dans le rêve long en bouche de The War On Drugs, nous planons dans un rêve élastique… *** Prendre le temps d’un thé et d’une trêve. De se projeter dans des terres arides mais génératrices d’étincelles, de requêtes qui portent loin, qu’on ne voudrait voir personne entraver arme au poing. Avec Tinariwen, il s’agira de célébrer l’universalité, d’abolir les frontières entre le Mojave, le Sahara et Bruxelles. De ne pas laisser le sable effacer les inscriptions en tifinagh sur nos bornes musicales, d’accueillir aussi notre propre part de silence. « Imidiwan, ahi sigdim ! »

Pour vivre heureux, vivons casqués. Un adage à la mode dans la France d’aujourd’hui. Mais pour Cascadeur, la fascination réside surtout dans le dédoublement, la démultiplication. Il le prouve en invitant une constellation de musiciens prestigieux pour repousser les limites de sa galaxie intime. Peut-être moins casse-cou que son prédécesseur, ‘Ghost Surfer’ explore d’autres univers et devient alors une épopée musicale truffée de mondes parallèles où l’on rencontre tour à tour des chimères lyriques ou des créatures hybrides de soul-music. Bas les casques ! *** Collectionnant les clics et les claques, Fauve trouble par son impudeur, touche par l’urgence névrotique qui l’anime et agace par ses manières. Avec ses hymnes déviants, le collectif parisien fédère les vulnérabilités et fait de la guerre au cynisme ambiant son cheval de bataille. Un album fort des charges cathartiques qui est moins l’expression de l’émoi d’une génération Y désenchantée qu’une expérience intime et partagée de souffrance sociale, amoureuse et professionnelle. Alors, spleen et idéal 2.0 ou thérapie à ciel ouvert ? Imposture ou lame de fond ? Tentative – dans l’urgence – de cerner et de confronter la bête.

Musicienne et chanteuse au parcours éclectique et pluridirectionnel, Neneh Cherry fut, très tôt, à la fois en marge et au devant des scènes. Il y a vingt ans d’ici, elle se revendiquait coresponsable de ‘7 Seconds’, un des plus gros hits radio européens de l’époque interprété avec Youssou N’Dour tandis que récemment, on la vit figurer aux côtés de Mats Gustafsson et de Paal Nilssen-Love pour ‘The Cherry Thing’, puisant ses racines dans le free jazz dont son beau-père, le trompettiste Don Cherry, demeure un des instigateurs légendaires. ‘Blank Project’, enregistré sous la houlette de Kieran Hebden (aka Four Tet), atteste de la vivacité de cette jeune fille née Neneh Marianne Karlsson. *** Paysage organique et sauvage dont sourd un bruit blanc mû par des lois inconnues, l’électronique de patten ne se laisse pas approcher comme un animal de compagnie, mais attend de l’auditeur un apprivoisement patient et attentif avant de lui révéler ses plus précieux secrets. Affable et passionné, l’énigmatique musicien plonge sans filet à la recherche d’une vérité personnelle et universelle, cachée quelque part entre ses boucles synthétiques, ses connexions neuronales et l’ADN commun à notre espèce.

Also available in: Néerlandais

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