Issue 194 – Octobre 2013

Quand MGMT a débarqué sur Terre, la pop a tremblé. Quelque part entre une rencontre du troisième type et un wheeling avec E.T., on découvrait deux pacifistes-botanistes, moitié hippies, moitié hipsters. En 2008, Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser gobaient des pilules psychédéliques et recrachaient la musique des Flaming Lips et Of Montreal sous une forme fluorescente. Désormais la soucoupe volante les a planté et ne reviendra pas. Après un ‘Congratulations’ déjà bien toxique, MGMT replonge dans les vapeurs psychédéliques et accouche d’un disque éponyme beau comme un trip au pays des merveilles.

Entre baroque romantique et gothique flamboyant, les cathédrales sonores du premier album d’Anna Calvi n’avaient pas manqué de diviser la critique, subjuguée ou désarçonnée par les méthodes cavalières d’une conquérante venue de la Perfide Albion pour, selon ses messagers, sauver le rock. Adoubée par Brian Eno et Nick Cave, elle avait remporté haut la main cette première bataille avec son condensé vénéneux d’électricité, de tensions et de voix de velours possédée. A l’heure de la deuxième manche, on était curieux d’aller à la rencontre de celle qui se cache sous l’armure et qui a fait de sa guitare la plus tranchante des épées.

Oyez bonnes gens, la suave Danoise est de retour et elle n’a rien perdu de sa grâce angélique, un violoncelle à la belle chaleur accompagne le mouvement, ample sans être grandiloquent. Enorme surprise de l’année 2010, Agnès Obel a pris le temps de la réflexion avant de donner un petit frère à son désormais célèbre *ePhilarmonics*f, et son demi-million de copies vendues. Toujours adepte d’un style tout en douceur et voluptés, elle dévoile quelques secrets, entre passion du piano, bulle de travail et douceur berlinoise. *** Si Helena joue les crooners comme personne, elle sait aussi s’entourer des meilleurs – Jonathan Morali (Syd Matters), Ibrahim Maalouf, son ex Philippe Katerine, Frederico Pellegrini – pour mettre en musique Sylvia Plath et les (nombreux) hommes de sa vie. *eAnnée Zéro*f, derrière ses apparences de mœurs légères, est un grand disque qui nous fait nous poser la question : et si la demi-sœur de l’autre ne comptait pas pour des prunes ?

A l’instar des compositions du dernier Oneohtrix Point Never, véhicule idéal à de furtives expérimentations où sonorités désuètes et complexité rythmique vont de pair, dressent les plans d’une électronique exigeante et neuve comme une aube cybernétique sur l’Amazone, Daniel Lopatin concentre et projette alentours influences et éléments fondateurs de sa pensée musicale. Une pluie dense et spacieuse où l’auditeur se plait à lever le nez et fermer les yeux. Bienvenue au cœur du labyrinthe. *** À quelques jours de la sortie de ‘Seasons Of Your Days’, esquisser les silhouettes de Dave Roback et Hope Sandoval, maîtres de la disparition en présence, collectionneurs de pointillés. Dix-sept ans après ‘Among My Swan’, le vénéneux duo Mazzy Star ne s’échine incontestablement pas à nous faire sortir du continuum narcotique, du vortex à la lenteur sublime dans lequel ils nous avaient plongés naguère. Mais vous en auriez-voulu, vous les yeux cernés des 90’s, d’un virage plein soleil, aveuglant de joie feinte ? *** The Feather : La plume comme symbole ultime de poésie. Marqué à vie par celle tournoyante de Forrest Gump, Thomas Medard – vingt-cinq ans, tête pensante chez Dan San – livre aujourd’hui un premier disque drôlement juste, sensible, inspiré et inspirant. Une invitation au voyage – la pop islandaise rencontre le folk nord-américain – par un jeune homme qui préfère pourtant rester ici, dans la sobriété de son home studio. C’est vrai, glisser *eInvisible*f dans le lecteur cd, c’est déjà une sacrément belle aventure.

Also available in: Néerlandais

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