Issue 190 – Mai 2013

Dans sa discipline de travail intérieur, d’extraction et de sublimation, Mendelson s’avance parmi les gisants et accouche d’un triple album colossal. Dans son creuset de population, le rock et la langue fusionnent libérés des formats. Écriture blanche, compositions rouge sang, exigence exemplaire, Mendelson regarde l’époque, la dévisage sans ciller et l’auditeur de vaciller : le rock français est debout. Nous aussi. Interviews : !!!, Jean-Louis Murat, Carl et Les Hommes-Boîtes, David Grubbs, Pale Grey, Woodkid, Valerie June.

Entre chiens et loups, Jean-Louis Murat a façonné un album en trompe-l’oreille, sensible aux bruissements de la nature, mais qui contient également sa part de stridences et de cynique lucidité. Aux côtés de ‘Cheyenne Autumn’ ou ‘Dolores’, il faudra sans doute un jour considérer ce ‘Toboggan’ comme l’un des chapitres essentiels d’une œuvre en perpétuel devenir d’un artisan toujours là pour nous offrir ce que nous avions besoin d’écouter. *** Avec ‘Où Poser Les Yeux’, disque inclassable, Carl aurait pu secouer le landerneau de la chanson française. Quatre ans plus tard, ‘La Paroi De Ton Ventre’ pourrait frapper très fort : des textes qui claquent sur des musiques improvisées, au centre de gravité d’un triangle dont les sommets seraient la science de la baffe d’un Mendelson, le hip hop transgénique d’un Veence Hanao et une chorale/fanfare déglinguée.

Chk chk chk. Un nom qui frappe comme une maracas, comme une note d’intention. Tout, chez Nic Offer et sa bande, est affaire de rythmique. Fidèle à leur frénésie funk, ‘Thr!!!er’ décrasse les genoux et se promet de mouiller les chemises. Jim Eno fait des merveilles aux commandes et permet aux !!! de brasser large sans jamais s’éparpiller, de Pink Floyd aux Ting Tings, des Stone Roses à VCMG.

David Grubbs a multiplié les rencontres, tous azimuts, tous horizons, tous reliefs. Avec ‘The Plain Where the Palace Stood’, Grubbs chante la plaine et le plateau. Partageant l’amour de langue nord-américaine, il s’ingénie à la couler dans le corps de chansons simples mais célestes. Ce sixième album « solo » conforte notre homme dans sa position de musicien ressource, un des plus brillants de sa génération. *** Si son travail en tant que réalisateur lui a valu une reconnaissance certaine – notamment pour des clips de Lana Del Rey, Moby ou Rihanna, Yoann Lemoine n’avait cependant rien connu de comparable à l’exposition médiatique dont il fait désormais l’objet. Avec son premier album, Woodkid nous convie à une aventure épique et magistrale, évoquant le passage à l’âge adulte dans un tourbillon pop orchestral parfaitement maîtrisé.

D’apparence léger, le premier album de Pale Grey envoie d’abord dans les cordes par son immédiateté (dream) pop avant de révéler des subtilités insoupçonnées. S’ils étaient Islandais et signés sur le label berlinois Morr, on parlerait d’intelligent dance music. De quoi voir l’avenir haut en couleur. *** Cavalcade au pays de l’Oncle Sam, la musique de Valerie June illumine le printemps d’un vent vintage, mais vivifiant. Chauffée sur les bancs de l’église, la voix de l’Américaine a vendu son âme au gospel. Mais, tout autour, le diable rôde toujours : blues, country et rock’n’roll escaladent les Appalaches avec audace et désinvolture. Épaulée de Dan Auerbach (The Black Keys), Valerie June signe une des toutes bonnes pioches de l’année.

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