Issue 189 – Avril 201

Toujours emmené par la voix suave de José Gonzàles, Junip grave un deuxième essai éponyme et épatant : un album en forme d’accomplissement personnel. Sans renier sa mélancolie lumineuse, le groupe suédois part à l’aventure. Junip ne se refuse rien. Et ça fait du bien.

Vingt ans déjà que Low s’efforce de suivre le bon chemin, celui qui, invisible, s’impose en filigrane, entre les recoins caillouteux, ardus et la quiétude des plateaux. Vingt ans que la sérénité qu’ils s’efforcent de diffuser en intraveineuse nous ouvre grand la cage thoracique, emplit de brumes sépulcrales nos poumons noircis par le cynisme ambiant, participe entièrement à nous rendre humains, donc faillibles. Conversation avec un couple entre le fil et le ciment. *** Le quatrième album d’Albin de la Simone constitue un recueil ciselé, fragile et honnête, où la pop se fait moins pop, où les textes touchent en plein cœur les hommes qui ont un peu vécu et les femmes qu’ils aiment, qu’ils ont aimées, les foules sentimentales. Et son disque de nous rendre tout chose. *** Après un premier album en 2007 très bien noté dans les magazines jazz, on avait perdu la trace de Mélanie De Biasio. A toute chose malheur étant bon, l’attente est aujourd’hui récompensée. Très en marge des conventions pop, la musique de la chanteuse belge s’éloigne des traditions jazz de grand-père, tout en conservant des sonorités organiques smooth en forme de caresses de velours. Et puis, cette voix, mes aïeux!

De retour avec un album aux idées larges (‘Wakin On A Pretty Daze’), Kurt Vile, guitariste génial et chanteur engourdi, célèbre la rencontre entre John Fahey, Dinosaur Jr et Tom Petty autour d’un grand verre de lait et d’un bon space cake. Et, à la seule force du poignet, le mec fait atterrir un nouvel album qui plane. Grave. *** DJ Koze, admirateur déclaré de Duchamp, ça nous fait quelque chose. Les deux créateurs ont beaucoup en commun : l’audace, l’humour, l’appétit d’en découdre avec les valeurs établies, et une réelle bienveillance à l’égard du public. Vous êtes la pièce qui manquait, la cerise sur le gâteau, le centre du dispositif. ‘Amygdala’ est en grande partie un album de chansons que Koze magnifie en leur appliquant sa science de plasticien du son.

Superstars de la représentation hexagonale à l’étranger, Phoenix demeure une énigme. Un paradoxe. Après la déferlante ‘Wolfgang Amadeus Phoenix’ qui balançait sur un public épris d’un fol amour autant de bombes pop légères et gonflées, les quatre français se jouent des attentes avec ‘Bankrupt!’, cinquième album qui prend à toute berzingue le tournant où on les attend, sans ceinture, au risque de bousculer le piédestal qui leur était réservé. Les deux pieds dans le brasier qui les ronge, Phoenix flamboie comme si demain n’existait pas. *** Wire s’enorgueillit d’une discographie dont la force consiste à constamment faire l’expérience des limites. Nées d’une exploration de matériaux écrits à l’origine en 1979-1980, les compositions de ‘Change Becomes Us’ ne relèvent ni de 1980, ni de 2013. Entre obscurité menaçante et énergie électrisante, elles flottent dans des limbes étrangement atemporels. Voyage dans les méandres tortueux de la pensée de Colin Newman et Graham Lewis. *** ‘All Chaos’ était un putain de bon disque, mais ce n’est pas pour autant que Steak Number Eight s’est reposé sur ses lauriers. A l’occasion de la parution de son troisième album, le groupe de Wevelgem déboule avec des compositions en béton armé : ‘The Hutch’ pourrait fort bien être une des révélations de l’année.

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