Issue 187 – février 2013

La pop psychédélique et fragile d’Unknown Mortal Orchestra charrie les stigmates de la route et d’une adolescence déjà malmenée par Mint Chicks, précédente formation punk que Ruban Nielson quitte en pleine gloire, soucieux de ses propres dérives. Poursuivi et rattrapé par sa musique, le néozélandais se cache derrière l’anonymat de son orchestre funeste (en réalité un trio guitare-basse-batterie) à l’instar de ses mélodies meurtries et nues, parées d’atours faussement joyeux et autres distorsions rétros.

Interviews : Unknown Mortal Orchestra, Yo La Tengo, Darkstar, PVT, An Pierlé, Jacco Gardner, Night Beds, Jamie Lidell

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On a perdu le compte de ces ressourcements pendant lesquels Yo La Tengo nous a vivifiés, depuis ces plages à la densité folle où leur allégresse de dispenser de vraies minutes fauves fit se cabrer les moins flexibles jusqu’à ces friandises mélodiques où battait leur béguin de pop, leur sincérité jamais prise en défaut au fil de productions précieuses. Ce jour-là, il y avait un peu de maladresse dans nos mots adressés à Ira Kaplan : nous savions la ville-mère sous eau, les êtres chers restés sur place, le business musical rattrapé par l’ouragan. Difficile de faire comme si nous n’étions pas différemment touchés. *** Étoile filante d’une constellation dubstep défragmentée, Darkstar voit désormais la vie en trio. Toujours en suspension dans l’espace, la musique des Anglais épouse aujourd’hui les contours d’une pop transgénique imaginée au croisement des temps. Quelque part entre Animal Collective et les Beach Boys, un astre brille de mille feux. Et ce n’est pas l’étoile du berger. *** PVT – anciennement appelé Pivot – est un groupe qui a toujours échappé à toute définition, à toute tentative de classification. A ses débuts, en 1999, il évoluait dans les sphères d’un post rock aux inflexions prog. Par la suite, il a intégré de plus en plus d’électronique dans sa musique pour se muer en pourvoyeur d’electronica atmosphérique. Désormais, le groupe propose des titres pop tout en préservant une façon unique de tresser des atmosphères prenantes. Electro mais pas trop, accrocheur sans être facile, ambitieux sans être prétentieux, ‘Homosapien’ est un disque fascinant.

Prenons le pari suivant : pour peu que vous prêtiez l’oreille aux palpitations de la mode, cette maîtresse si prompte à vous refaire l’histoire musicale en oblique, vous devriez y discerner sans tarder le nom d’un page prodige et précoce passé émérite ès pop ouvragée. Cette créature nostalgique, juniore et hollandaise a pour blason Jacco Gardner, et l’insolite enchevêtrement de galeries qu’il crayonne de ses orgues miroitantes n’est plus à un alléchant appât coloré, à une hallucination près. Rencontre avant sacre probable d’un dauphin psyché bûcheur et déterminé. *** Grand dandy dadais cantonné un temps à des expérimentations électroniques passionnantes (dont l’excellent Super_Collider) Jamie Lidell n’a plus quitté le feu des projecteurs depuis que Warp prit le monde de l’électro par surprise en balançant l’ultra-lumineux ‘Multiply‘. Dénotant dans le catalogue d’ordinaire moins pop du label britannique, s’ajouteront ‘Jim‘, ‘Compass‘ et aujourd’hui ce très bon ‘Jamie Lidell‘, fusion à chaud et à froid d’influences Motown et d’une volonté toujours renouvelée de repousser les limites de l’électro, entre grandiloquence désarmante et humilité retrouvée.

Seule ou entourée du White Velvet drivé par son amoureux-complice Koen Gisen, An Pierlé s’est toujours ingéniée à remuer les émotions, transcendée par son autre complice, le piano. Avec comme dénominateur commun des disques constituant davantage l’aboutissement d’un long travail de maturation qu’une échéance pour éviter de sombrer dans l’oubli. Une démarche qui se vérifie avec ce très beau ‘Strange Days’ sur lequel la Gantoise a choisi de renouer avec la formule piano-voix, à peine colorée d’arrangements minimalistes. Rencontre chez elle, en la présence aussi rassurante que discrète de Koen Gisen, tapi dans l’ombre. Comme sur le disque finalement. *** Blotti dans les draps de Night Beds, le jeune Winston Yellen se réveille en enfant de l’Amérique. Fruit de ses errances sur les routes du pays, sa musique couche le mythe d’une adolescence éternelle sur un disque intimiste. Sur ‘Country Sleep’, on s’éclaire à la lueur d’une bougie, on marche à pas feutrés sur les traces des Fleet Foxes et on traque les légendes (Gram Parsons, Johnny Cash) avec une patience d’ange.

Also available in: Néerlandais

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