Issue 186 – décembre 2012

Mathieu Boogaerts, c’était ce garçon aux morceaux-balançoires, qui tapaient doux, qui tapaient fort : ‘Bon voyage‘ et nos monticules d’idées impossibles à dissocier, ‘Une bonne nouvelle‘ et des opportunités non grappillées, ‘Dom‘ et ces amis à qui on n’aura pas tout dit, ‘Siliguri‘ comptine pour enfants pas sages. Mathieu Boogaerts, c’est celui qui une fois encore nous émeut dans ce refus de cimenter ses certitudes. Lui et nous, on pensait bien « qu’c’était pour la vie, qu’c’était pas pour la frime… » Interviews & focus : Mathieu Bogaerts, Motorama, The Bewitched Hands, Toman, Jason Lytle, Tim Hecker, Stubborn Heart, Eloïse Decazes & Eric Chenaux / Okraina Records, Playboy’s Bend + tops 2012

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En 2010, ‘Alps’, petite bise glacée réchauffée par un timide soleil, nous était parvenue de Rostov-on-Don, aux portes du Caucase. Aujourd’hui, c’est une bourrasque de hype qui pourrait tout balayer. Croisement improbable et imparable entre Joy Division et Field Mice, entre voix caverneuse et ligne claire, cold-wave romantique et twee pop acidulée, Motorama joue sur plusieurs tableaux avec autant d’innocence que d’humilité. *** A nos coeurs déjà meurtris par les prémisses de l’hiver, Stubborn Heart s’en viennent souffler le chaud et le froid et couvrent nos épaules engourdies d’une bruine de beats fondants. Secouez vos manteaux n’y changera rien, la sensation trip-hop venue d’Angleterre ne s’estompe pas si facilement : les sculptures sur glaces de Luca Santucci et Ben Fitzgerald s’insinuent sous la peau et la parsème de bourgeons givrés.

Il y a deux ans, la pop déjà bien barrée de ‘Birds & Drums’ laissait entrevoir un avenir en mille couleurs. Aujourd’hui, plonger dans ‘Vampiric Vay’  revient effectivement à faire la bombe dans un océan arc-en-ciel, à se noyer dans un kaléidoscope de chansons foutraques et entrainantes. Harmonies au taquet, crescendos pyromanes, claviers et guitares qui se tirent la bourre, tout chez The Bewitched Hands est propice à la mise en mouvement des corps. *** Dans nos songes d’hybridation furieuse de pop culture, on a parfois été tentés de croire que Daniel Johnston et Jason Lytle produiraient la série de comics la plus époustouflante, s’ils n’avaient élu la musique comme piste première de leurs épanchements hors-limites. Que leur bizarrerie et leur candeur combinées donneraient lieu à des merveilles scénaristiques, à des visions fantasmagoriques d’un univers post-apocalyptiques où les Fab Four en justaucorps combattraient sans relâche des robots à tête de chien. Qu’il y aurait bien entendu des cassettes audio avec des bruitages à la bouche et au Moog pour accompagner la lecture.

Secret très bien gardé de la scène rock belge, non pas celle qui ne songe qu’à singer indéfiniment Bloc Party ou dEUS, Tomàn fête cette année les dix années de son existence – les choses étant bien faites, avec un nouvel album (‘Postrockhits Volume II’) qu’on n’espérait plus, trois ans après son prédécesseur ‘Where Wolves Wear Wolf Wear’. Belgium’s got talent, indeed. *** ‘Instrumental Tourist’ met en scène une douzaine de pièces où la notion même d’instrumentation est questionnée. Ces morceaux semblent davantage être issus d’un processus de transformation radicale que du corps d’un instrument.Tim Hecker et Daniel Lopatin scellent les liens d’une collaboration fructueuse et intelligente. ‘Instrumental Tourist’ va au-delà de la transformation du son, il en est le paradigme abrégé. *** Lorsqu’on avait interviewé Eloïse Decazes à l’occasion de la sortie du deuxième album de Arlt, on avait découvert une fille assez taiseuse, réservée. Avec Eric Chenaux, le virtuose indie canadien (Constellation Records), ils proposent un disque définitivement hors du temps, d’une beauté et d’une tristesse insondable. Huit titres quasiment médiévaux qui doivent leur salut à Okraïna Records, nouveau venu qui mise sur le vinyle et les musiques de niche. *** Il y a quelques années, Xavier Gazon a entrepris de collecter des jouets sur les brocantes. Il les a ouverts, auscultés, dépiécés et s’est mis en tête de modifier leurs circuits à l’aide d’un petit matériel de soudure. Ce qui n’était qu’un attrait curieux s’est peu à peu converti en raison d’être artistique. Il a très vite compris que ces jouets au rebut pouvaient devenir de véritables instruments. Son projet deviendra réalité sous l’alias Playboy’s Bend, en référence au ‘circuit bending’, opération qui consiste à détourner un objet de sa finalité, en l’occurrence un circuit électronique.

Cette année encore, la rédaction de RifRaf a eu l’outrecuidance d’écouter des disques et de les passer à la moulinette d’un double critère inacceptable : la qualité et le goût. Une fois n’est pas coutume, nombre d’albums sortent du lot et s’adjugent les faveurs de l’équipe au sein des traditionnels tops de fin d’année. Retour sur une autre année passionnée, où il n’est question ni de complaisance ni de petits arrangements avec les vivants.

 

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