Issue 185 – novembre 2012

Ty Segall sonne le réveil du rock’n’roll. Le poing enfoncé sur le buzzer, le coco remet les pendules à l’heure en signant trois disques majeurs en moins d’un an. Pièce maîtresse de sa trilogie, le nouveau ‘Twins’ croque le psychédélisme à pleines dents et culbute deux décennies de distorsion. De Nirvana aux White Stripes, des Queens Of The Stone Age à Thee Oh Sees, le chemin parcouru est éloquent : l’électricité s’est trouvée un nouveau représentant. Interviews avec Ty Segall, Swans, Benjamin Biolay, Paul Banks, Flying Lotus, Clinic, DIIV, Balthazar.

Seules les chansons lui importent. Les putain de bonnes chansons qu’il s’échine à écrire depuis une dizaine d’années. Car si on dépasse l’apriori souvent rédhibitoire de sa tête à claques, on découvre un foutu songwriter, avec ses joies et ses peines, un type capable d’écrire le roman d’une vie en moins de quatre minutes. Ce sixième album qui convie les rappeurs et l’électronique, Vanessa Paradis et Julia Stone est sans doute le plus pop de Benjamin Biolay. Et, surtout, confirme tout le bien qu’on pensait de son auteur. *** On peut considérer Steven Ellison, alias Flying Lotus, comme étant la réincarnation de feu J. Dilla, l’un des papes du hip hop underground. A l’instar de son maître à rapper, FlyLo n’a cessé d’assembler des beats assourdissants ayant une âme, générant de la sorte un collage subtil. Après un album flirtant clairement avec le jazz,‘Until The Quiet Comes’ surfe quant à lui sur la vague hip hop.

Rouée de coups, maltraitée, la pop rêveuse des New Yorkais de DIIV affiche ouvertement ses bleus et sa morgue d’enfant battu sur son premier album (‘Oshin’). Dans la lignée d’une formation comme Real Estate, DIIV s’élève à la faveur d’une voix flottante, égarée dans une brume réverbérée. Les cordes de guitare emberlificotées dans la moumoute de Robert Smith (The Cure), le groupe tire parti du passé pour conjuguer ses couplets au présent. Parfaitement. *** Mélange original de post punk, de krautrock et de pop, le son du groupe de Liverpool Clinic a depuis longtemps – treize ans – relégué dans une autre époque les fantômes prestigieux de leurs concitoyens Fab Four. Tout en demeurant en retrait des contingences commerciales, la bande à Ade Blackburn propose un septième effort, réalisé en compagnie de l’intransigeant Daniel Lopatin, alias Oneohtrix Point Never. On en discute avec le leader du groupe, en direct depuis la ville de Macca et Steven Gerrard.

Revoici les Balthazar, auteurs d’‘Applause’, premier album déjà fort remarqué, et qui risquent fort de se révéler incontournables avec‘Rats’, ouvrage dont l’enivrante mélancolie dessine non sans ambition les silhouettes enfumées de Tindesticks et Grizzly Bear, tout en se permettant le luxe de sonner, avant tout, comme personne d’autre qu’eux-même. *** Paul Banks pourrait endosser un rôle au cinéma. A Hollywood, il crèverait l’écran. Il a la classe, le charisme et l’élégance d’un acteur en souffrance : chemise noire, costard sur mesure, yeux perçants et cheveux blonds. Entre ange et démon, la voix d’Interpol laisse parler son coeur. Pour la seconde fois, il s’abandonne sur un album solo, un condensé cutané de son vécu. ‘Banks’ parle de lui. Mieux que personne. *** Des dires de Michael Gira, ‘The Seer’a pris 30 ans à faire. Apogée de tout un travail entamé au début des années 80, c’est le disque de l’aboutissement et du recommencement. Paradoxalement, la longueur des morceaux – ‘The Seer’ dure deux heures – n’a pas pour effet de les rendre plus complets ou achevés mais de leur conférer une assise d’oeuvre en perpétuelle progression. ‘The Seer’ force le respect. Plus prosaïquement, il commandait un bref état des lieux sur ce groupe hors du commun que constitue Swans.

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