Issue 178 – mars 2012

Avant-gardiste et nocturne, la musique des Tindersticks s’est révélée au grand jour pour tirer la pop vers le haut. L’enrichir de tribulations jazz, de micro-secousses électroniques et d’une classe rock’n’roll infinie. Ressuscité, le groupe de Nottingham a su se réinventer en touchant à l’essence même de sa musique. La voix de crooner de Stuart A. Staples (c)hante ‘The Something Rain’  et referme un somptueux triptyque.

Interviews avec Tindersticks, Dirty Three, Damien Jurado, KTAOABC, Bed Rugs, V.O., Zita Swoon Group, Cloud Nothing, Revolver

Warren Ellis est de ces personnalités rares qui, à travers toutes ses incarnations (Bad Seeds, Grinderman), continuent à compter. L’heure de ses retrouvailles avec Dirty Three, le trio qui l’a positionné aux yeux de tous comme d’avantage qu’un exceptionnel sidekick buddy de Nick Cave, a enfin sonné. Préparez-vous aux montagnes russes, ‘Toward the Low Sun’ va faire rougeoyer votre ciel, vous exalter aussi…

Contre vents et marées, sa voix s’élève au-dessus des souvenirs, au cœur d’un triangle d’or dont les angles appartiennent aux figures sacrées de Nick Drake, Neil Young et Elliott Smith. Damien Jurado chante son temps avec la modestie d’antan. Il trace sa voie, s’invente son propre monde (‘Maraqopa’). Sur la route en compagnie de ce pèlerin de l’Amérique moderne. *** Le souvenir impérissable des deux premiers albums avait tapissé de ses belles volutes la première décennie de ce nouveau siècle. En stand-by depuis quatre ou cinq ans, et les nombreuses activités parallèles de son leader Boris Gronemberger, la copropriété V.O. s’en est allé à Chicago ressourcer ses statuts et son personnel auprès du grand John McEntire.

De dEUS à Zita Swoon Group, du blues rauque barré à la musique de film muet, cela fait plus de quinze ans que Stef Kamil Carlens creuse son terrier singulier dans le paysage sonore belge. Depuis son antre bigarrée d’Hoboken, à la fois pied à terre, studio et terrain d’expérimentations filmiques, rencontre autour d’un projet vrai (mandingue) avec un rêveur qui cherche à repousser les limites des collaborations métissées. *** Cloud Nothings a croisé ce bon vieux Steve Albini, l’inventeur du son qui ne meurt jamais. L’infatigable producteur a mis en bouteille ‘Attack On Memory’ en se grattant les poils du nez : c’est un succès. Les chansons tiennent la route et collent au bitume. La voix fêlée du chanteur se traîne sous un crachin distordu et culbute les mélodies comme on saute dans les flaques. Derrière lui, on a enfin resserré les boulons. C’est agressif, ça bastonne sec, c’est tout bon. *** A les entendre défendre leur (étonnante) deuxième galette, on finirait presque par se convaincre que Toto n’est plus un gros mot. Mais le précieux sésame qui ouvre sur le groove. Celui qu’ils partagent désormais avec un autre trio parisien bien monté : Mustang. Revolver a flingué la pop de chambre des débuts et armé ses holsters d’une artillerie eighties prompte à dérouiller les plus résistants.

Kiss The Anus Of A Black Cat. Vous conviendrez que le nom n’est pas des plus ragoûtants. Du chat, de sa noirceur, de la magie, il est question en filigrane dans la musique que concocte dans un grand chaudron Stef Heeren. A l’origine un folk noir intimiste et fragile empli de drones, elle s’est enrichie et fortifiée, notamment avec l’apparition d’un clavier. Lecture du grimoire à l’occasion de la parution de son déjà cinquième album. *** Basé à Anvers, Bed Rugs affiche une fulgurance pop psychédélique se déclinant aussi bien sur des compos laidback que sur des titres indéniablement rock. Sur ‘8th Cloud’, on croise les ombres des Flaming Lips, de Sparklehorse, des Beatles, voire même des Doors.

Also available in: Néerlandais

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