RifRaf Musiczine http://rifraf.be/fr/ Free Belgian Music Magazine Fri, 29 Apr 2016 09:09:38 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.3.4 Issue 220 – mai 2016 http://rifraf.be/fr/issue-220-mai-2016/ http://rifraf.be/fr/issue-220-mai-2016/#comments Fri, 29 Apr 2016 09:09:38 +0000 http://rifraf.be/?p=2706347 RifRaf Musiczine

‘Le Film’ nous recadre Philippe. Un Philippe qui se tient en harmonie avec lui-même, qui converse avec le piano de Julie à la maison, qui a numéroté les touches du clavier avec des gommettes. C’est un disque caresse, un disque empli de ‘Doudou’ et d’‘Objets’, habité par une chorale enfantine. Katerine chante comme il dessine, sans posture, sans investiture mais avec une vraie désinvolture. Un batteur qui chante, une trompette qui ronronne et deux cœurs brisés viennent hisser le premier album de Whitney sur les hauteurs de la pop alternative. Porté par un hymne céleste au célibat ordinaire (‘No Woman’), ‘Light Upon The Lake’ met pourtant ses dix chansons au service du mariage pour tous. Country-soul ou folk-rock : les couples modélisés par Whitney s’aiment pour la vie. On tient ici un nouveau petit copain. Avec un album tous les six mois, il y avait à craindre que ces Aussies-là […]

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‘Le Film’ nous recadre Philippe. Un Philippe qui se tient en harmonie avec lui-même, qui converse avec le piano de Julie à la maison, qui a numéroté les touches du clavier avec des gommettes. C’est un disque caresse, un disque empli de ‘Doudou’ et d’‘Objets’, habité par une chorale enfantine. Katerine chante comme il dessine, sans posture, sans investiture mais avec une vraie désinvolture.

Un batteur qui chante, une trompette qui ronronne et deux cœurs brisés viennent hisser le premier album de Whitney sur les hauteurs de la pop alternative. Porté par un hymne céleste au célibat ordinaire (‘No Woman’), ‘Light Upon The Lake’ met pourtant ses dix chansons au service du mariage pour tous. Country-soul ou folk-rock : les couples modélisés par Whitney s’aiment pour la vie. On tient ici un nouveau petit copain.

Avec un album tous les six mois, il y avait à craindre que ces Aussies-là nous donnent le tournis, qu’on n’adhère plus à leur enthousiasme de faire du garage une piste spatiale. Avec ‘Nonagon Infinity’, King Gizzard And The Lizard Wizard délivrent une odyssée viking à la boucle infinie où le guitariste flamethrower de ‘Mad Max: Fury Road’ tourne comme une toupie extra-fuzz. Où exigence et immédiateté jouent les fakirs, pour un plaisir d’éperon qu’on espère encore très durable.

Duo constitué de Ade Blackburn et Hartley, membres de Clinic, Higher Authorities manie un électro-rock malade, tantôt engourdi à la Orange Can, tantôt folâtre comme l’était Ultramarine, le plus souvent hanté de figures conspirant dans ses recoins, chuchotant le Goethe du kraut, évoquant pêle-mêle Can, Moon Duo, Silver Apples ou Phantom Band. En apôtre de ce Barnum parano, le grand Adrian Sherwood habille nos Illuminati de son sens inné du minimalisme.

Doomsquad croit à la suprématie du germe. Sur ‘Kalaboogie’, premier album forestier, ils capturaient le vibrion. L’étudiaient. ‘Total Time’ annonce l’ouverture des bocaux. Déferlante tribale, passage brutal d’un monde à l’autre orchestré par un Papa Legba nourri à Tom Tom Club et au Pop Group, la zombie-dance minimaliste de Doomsquad se jette à travers les buildings, envahit les avenues, s’engouffre dans tous les interstices. Elle ne vous lâchera pas.

On avait quitté Michel Cloup à minuit, dans ses bras, après une double séance de divan, plongé dans l’abîme d’un cœur qui saigne – le sien. Robuste, ‘Ici et là-bas’ se tient debout, annonçant le renouveau du toulousain : nouveau batteur, nouveau son, nouveau propos. C’est un résumé à lui seul du monde de cet éternel révolté, insoumis since 1993. Autobiographique et politique, tragiquement dans l’air du temps, ce « petit troisième » sonne le glas d’une planète qui tourne décidément f(l)ou.

Équilibriste du son, Pantha du Prince promène ses tracks racées en un équilibre à la fois fragile et solide. Qu’il joue uniquement des machines ou incorpore des sons organiques – à l’image du fabuleux ‘Elements Of Light’ avec le Bell Orchestra – le producteur allemand est une icône de la scène. De retour en solo sur ‘The Triad’, avec un carillon qui joue un rôle à peine moins central, Pantha fait évoluer ses structures organiques vers des pop songs modernes et aériennes. On en redemande.

Rangés dans le tiroir de nos préjugés culturels ou évoluant dans la bulle d’indifférence de notre curiosité musicale, les disques de Ray LaMontagne n’ont jamais vraiment suscité notre impatience fébrile. Il nous faut ici faire profil bas et nous raviser fissa car ‘Ouroboros’ est une épiphanie. De la chair, de la fièvre, du souffle et de la hauteur.

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ISSUE 219 – AVRIL 2016 http://rifraf.be/fr/t/ http://rifraf.be/fr/t/#comments Mon, 04 Apr 2016 15:46:09 +0000 http://rifraf.be/?p=2706338 RifRaf Musiczine

Son modeste groupe précédent nous avait fait fortement sous-estimer l’énorme potentiel. Aujourd’hui, Nicolas Michaux – tellement intelligent et touchant – nous colle une baffe. Une cinglante. En dix titres absolument bluffants, inspirés par le code d’honneur de Stanley Brinks, il allie la poésie de Dominique A aux échappées ténébreuses de Timber Timbre, à la pop mélancolique des Kings Of Convenience. C’est inouï. Trip parano, réflexion politique et cauchemar égocentrique, le troisième album de Suuns rappelle les pages les plus sombres des romans d’anticipation, martelant le même clou jusqu’à la nausée, celle de l’existentialisme crasse, du mal du siècle et des idéaux déchus. ‘Hold/Still’ vous laissera deux alternatives : le headbanging grégaire à se lobotomiser ou la ferveur bouillonnante, le poing levé. Un indice se trouve dans la quatrième chanson : Resist. Du Texas au Kansas, de New York à Los Angeles, Kevin Morby traverse des décors bouleversants, des moments de doute, des […]

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Son modeste groupe précédent nous avait fait fortement sous-estimer l’énorme potentiel. Aujourd’hui, Nicolas Michaux – tellement intelligent et touchant – nous colle une baffe. Une cinglante. En dix titres absolument bluffants, inspirés par le code d’honneur de Stanley Brinks, il allie la poésie de Dominique A aux échappées ténébreuses de Timber Timbre, à la pop mélancolique des Kings Of Convenience. C’est inouï.

Trip parano, réflexion politique et cauchemar égocentrique, le troisième album de Suuns rappelle les pages les plus sombres des romans d’anticipation, martelant le même clou jusqu’à la nausée, celle de l’existentialisme crasse, du mal du siècle et des idéaux déchus. ‘Hold/Still’ vous laissera deux alternatives : le headbanging grégaire à se lobotomiser ou la ferveur bouillonnante, le poing levé. Un indice se trouve dans la quatrième chanson : Resist.

Du Texas au Kansas, de New York à Los Angeles, Kevin Morby traverse des décors bouleversants, des moments de doute, des instants parfaits. L’ancien bassiste de Woods songe toujours à Dylan et Cohen en appuyant sur l’accélérateur. Mais avec l’album ‘Singing Saw’, il va plus loin, plus vite. Entre guitare et piano, ses mots percutent l’actualité, les injustices sociales, le racisme, les dernières illusions d’un amour perdu d’avance.

La fantasmagorie ambiguë d’un marionnettiste pop qui tantôt ferait valser haut les voix désincarnées, tantôt remonterait à contre-sens les rouages de boîtes à musique baroques au rhizome plus piégé qu’il n’y paraît. Boyarin, entre artisan maniériste 2.0 et démiurge dans sa coquille de noix, oscille exquisément avec nous sur le fil frêle du convenable et de l’exaltant…

Figure de la pop made in Brussels, Cédric Castus a l’élégance de la passe en retrait, celle qui fait marquer le partenaire. On se souvient avec bonheur du raffinement bossa de Raymondo, de la classe innée de V.O, deux des projets qui l’ont hébergé. Troisième essai en solitaire du Forestois, ‘Orca’ tire les bonnes cartes, de l’aboutissement post pop hérité de Tortoise à un rock carré et dense hérité de la prog’, entre autres saveurs longues en bouche.

Les deux cocos de Modeselektor et le stylé Apparat alimentent une batterie mécanique et sensuelle en marge du beat qui martèle. Chez Moderat, la matière électronique se met sur son trente-et-un, au service du beau, du sensible. De l’harmonie, du social. Nouvelle mutation imaginée à l’écart du dancefloor, ‘III’ célèbre l’amitié de trois gars sur les hauteurs d’une pop moderne, pacifique, toujours intègre.

Carl Roosens délaisse les Hommes-Boîtes pour s’empêtrer dans les filets prog et noise du Facteur Cheval, où l’on retrouve Christophe Rault aux claviers et le duo de Zoft, soit Nicolas Gitto & Damien Magnette. Il se débat, l’animal, lutte contre cette cage molle qui l’enserre, contre les attaques de guitares qui l’épingle. Et lui rend la pareille : furieux, écœurés, les textes explosent au contact du rock criard qui les accule. Telle une bête aux abois, il piaille, souffle, gronde et hurle. Trente bonnes minutes d’art musical brut.

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Issue 218 – mars 2016 http://rifraf.be/fr/issue-218-mars-2016/ http://rifraf.be/fr/issue-218-mars-2016/#comments Thu, 03 Mar 2016 09:38:06 +0000 http://rifraf.be/?p=2706315 RifRaf Musiczine

Héros des temps modernes, les trois d’Efterklang nous font à nouveau la surprise. Associés au batteur finlandais Tatu Rönkkö, Casper Clausen et co. enflamment la sphère pop avec Liima, nouveau projet inventif et bondissant. Quelques échos de crooners plantés dans le cœur, une multitude d’envies électroniques dans les guibolles, le fantôme de Bowie vient faire un tour, la classe de Brian Ferry pointe le bout de son nez, on frissonne du cortex. Marlon Williams affiche vingt-cinq piges au compteur et plusieurs vies dans le rétroviseur. Du punk à la country, de la Nouvelle-Zélande à l’Australie, cet acteur des temps modernes bourlingue à travers l’histoire pour accrocher quelques trésors sur les cordes de sa guitare. Roy Orbison du bayou, Marlon Williams ajuste sa voix de crooner à l’odeur des marécages et claque la bande-son imaginaire d’un épisode manquant de ‘True Detective’. Avec ‘Pillow’, son premier EP, Dan San posait les jalons […]

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Héros des temps modernes, les trois d’Efterklang nous font à nouveau la surprise. Associés au batteur finlandais Tatu Rönkkö, Casper Clausen et co. enflamment la sphère pop avec Liima, nouveau projet inventif et bondissant. Quelques échos de crooners plantés dans le cœur, une multitude d’envies électroniques dans les guibolles, le fantôme de Bowie vient faire un tour, la classe de Brian Ferry pointe le bout de son nez, on frissonne du cortex.

Marlon Williams affiche vingt-cinq piges au compteur et plusieurs vies dans le rétroviseur. Du punk à la country, de la Nouvelle-Zélande à l’Australie, cet acteur des temps modernes bourlingue à travers l’histoire pour accrocher quelques trésors sur les cordes de sa guitare. Roy Orbison du bayou, Marlon Williams ajuste sa voix de crooner à l’odeur des marécages et claque la bande-son imaginaire d’un épisode manquant de ‘True Detective’.

Avec ‘Pillow’, son premier EP, Dan San posait les jalons d’une pop subtile aux accents folk. Explorant de nouvelles voies, enrichies de cordes magnifiques, mettant en avant des sonorités analogiques vintage comme on les aime, les compositions de ‘Shelter’ brillent par leur dimension introspective, la finesse de leur structure et leur côté lyrique. Ce qui frappe aussi, c’est la grande mélancolie de ce disque qui touche à l’âme.

Depuis 2010, la pop française se réinvente dans sa propre langue tout en assumant pleinement ses influences anglo-saxonnes. Grand Blanc rejoint cette famille, qui va de Moodoïd à La Femme, en passant par Cheveu, Bagarre, Flavien Berger… ‘Mémoires Vives’, grand barnum d’électro cold wave jamais glaciale, toujours inclassable et absconse, condense les sensibilités de quatre personnalités intelligentes et littéraires juste ce qu’il faut pour rendre ce disque à la fois pas con et totalement primaire.

Sainte-Merde, il existe encore des disques comme ça en 2016. Schvédranne, nom à coucher dehors, débarque avec un disque extraterrestre, bluffant, sidérant, questionnant le sens du monde, de la vie : un vieux poète engagé, globe-trotteur, marqué par la guerre d’Algérie, alphabétiseur de travailleurs immigrés, professeur de yoga et de sanskrit, récite ses vers fulgurants et révoltés sur fond d’électro-dub, hypnotique ou exaltée, taillée de main de maître par un trentenaire fan d’Amon Tobin.

Dix-huit ans et six albums que Françoiz Breut nous fait multiplier les départs, changer l’échelle de notre pupille. Qu’on se laisse mener par le bout de la langue de ‘Portsmouth’ à ‘Tarifa’, en laissant ses amours et les nôtres frôler ‘Le Ravin’. Qu’on observe mieux le monde, ‘Derrière [son] Grand Filtre’, s’émerveillant de ses fantaisies et de ses doutes. Avec le rétrofuturiste ‘Zoo’, nous voilà plus que jamais à l’affût et le poil qui frise sous les ondoiements de cette charmeuse de cimes sibyllines.

Deux poteaux s’enjaillent à une soirée berlinoise et décident de monter un groupe. Ils imaginent un patronyme burlesque, rentrent à Londres et enregistrent un premier disque; ‘The Album Paranoia’ aurait pu sortir au creux de l’année ’96, coincé entre les illustres ‘Washing Machine’ et ‘OK Computer’. Les deux Rhys à la tête d’Ulrika Spacek ont visiblement bu le lait maternel d’une Dame Shoegaze au sein généreux et particulièrement racé, si bien qu’ils s’imposent comme la relève ultime d’une jeunesse sonique en soif d’expérimentations dans un monde où les guitares prendraient le pouvoir.

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Issue 217 – février 2016 http://rifraf.be/fr/issue-217-fevrier-2016/ http://rifraf.be/fr/issue-217-fevrier-2016/#comments Sat, 06 Feb 2016 10:24:16 +0000 http://rifraf.be/?p=2706304 RifRaf Musiczine

Animal Collective est un symbole, le porte-drapeau d’une esthétique née entre deux siècles. Après une flopée de disques essentiels et un climax (‘Merriweather Post Pavilion’), la bête s’est retirée. Mais voilà qu’Animal Collective refait surface. En beauté. Loin de New York. Au carrefour des genres et du monde, ‘Painting With’ rebondit comme une balle de ping-pong fluorescente, superpuissante. Les Fat White Family savent comment brûler la chandelle par les deux bouts. Mais malgré des frasques presque pas croyables, des défonces longues de plus de deux ans, les plus gros tocards du Royaume-Uni parviennent à nous pondre un putain de disque intemporel, un effrayant cabaret glam trash et obscène. Les Scrap Dealers ont creusé un sillon de guitare brûlant dans le paysage liégeois, qu’ils approfondissent avec ‘After A Thousand Blows’, plongée sous apnée dans une mer d’huile, quelque part entre le shoegazing d’Appliance et Spacemen 3 et les circonvolutions hypnotiques de […]

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Animal Collective est un symbole, le porte-drapeau d’une esthétique née entre deux siècles. Après une flopée de disques essentiels et un climax (‘Merriweather Post Pavilion’), la bête s’est retirée. Mais voilà qu’Animal Collective refait surface. En beauté. Loin de New York. Au carrefour des genres et du monde, ‘Painting With’ rebondit comme une balle de ping-pong fluorescente, superpuissante.

Les Fat White Family savent comment brûler la chandelle par les deux bouts. Mais malgré des frasques presque pas croyables, des défonces longues de plus de deux ans, les plus gros tocards du Royaume-Uni parviennent à nous pondre un putain de disque intemporel, un effrayant cabaret glam trash et obscène.

Les Scrap Dealers ont creusé un sillon de guitare brûlant dans le paysage liégeois, qu’ils approfondissent avec ‘After A Thousand Blows’, plongée sous apnée dans une mer d’huile, quelque part entre le shoegazing d’Appliance et Spacemen 3 et les circonvolutions hypnotiques de The Oscillation. Les condruziens explosent en six plages les limites soniques qu’ils s’étaient autrefois imposées : leur rock se dilate, s’étire, se libère pour de plus stratosphériques contrées.

Une artiste unique en son genre. Dont les sources de la félicité remontent tant aux classiques de la littérature, de Joyce à Kipling, qu’aux grands noms du songwriting folk, ils vont de Bridget St John à Joni Mitchell. Un parcours sans faute, entamé sous le duo Born Heller, poursuivi par l’extraordinaire premier album ‘Hazel Eyes, I Will Lead You’. Avant que de branche en branche, Josephine Foster ne tisse une forêt hallucinée, tressée de sa guitare virtuose et de sa voix sublime.

De sa période Encre, on conservait en nous le ‘Flux’ compact, les mots aiguisés. Avec Stranded Horse et sa kora comme épine dorsale, avaient surgi d’autres façons d’accueillir les brèches, d’accepter le mordançage du ‘Sel’. À l’écoute de ‘Luxe’, toile métisse brodée à points d’or entre Dakar, la France, et d’autres territoires où collecter des pistes, on a palpé la disponibilité au monde d’un musicien qui se laisse titiller par ses envies, qui n’a pas peur de ‘Refondre les Hémisphères’.

Troisième essai de Marble Sounds, ‘Tautou’ change la donne du groupe flamand. D’une jolie élégance mélodramatique, elle renvoie vers l’intimité de Lambchop (ah, ces cordes élégantes) mais aussi vers l’expressionnisme d’Arcade Fire et au chant de the Notwist, la mouture 2016 du quintet mérite bien plus qu’une simple écoute distraite un dimanche après-midi pluvieux.

Récente signature de 4AD, Daughter aurait pu figurer au sein du catalogue historique du label, à la grande époque des Cocteau Twins et de This Mortal Coil dont il apparaît comme le successeur malgré lui. Le groupe a la réputation de toucher la corde sensible d’auditeurs friands de folktronica délicate. Il n’en ira pas autrement avec le nouvel opus, ‘Not To Disappear’, auquel le trio londonien a donné naissance à New York.

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Issue 216 – décembre 2015 http://rifraf.be/fr/issue-216-decembre-2015/ http://rifraf.be/fr/issue-216-decembre-2015/#comments Fri, 04 Dec 2015 04:03:10 +0000 http://rifraf.be/?p=2706296 RifRaf Musiczine

Cette année aura été marquée par deux disques à l’âpreté tellurique, deux artefacts arrachés au sable du Moyen-Orient, fruits du travail de Radwan Ghazi Moumneh, l’un en compagnie des Suuns, l’autre en solitaire sur le label Constellation pour lequel Radwan œuvre aussi derrière les commandes. Entre imprécations sensibles, expérimentations sonores et électro minimaliste, Jerusalem In My Heart bouscule, fascine et hypnotise. Matt Berninger (chanteur de The National) observe son passé et revisite ses rêves adolescents aux côtés de son vieux pote Brent Knopf (Menomena). Engagés dans un projet parallèle nommé EL VY, les deux hommes signent un album entre new-wave et post-punk, où on zone dans des chambres d’hôtel traversées par le fantôme des Minutemen, l’amour et l’ennui. Musique et mélancolie pour la vie. Il y en aura pour le juger coiffé de la couronne d’héritier de Gill Scott-Heron, ou né des effleurements dérobés de John Coltrane et Nick Drake. […]

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Cette année aura été marquée par deux disques à l’âpreté tellurique, deux artefacts arrachés au sable du Moyen-Orient, fruits du travail de Radwan Ghazi Moumneh, l’un en compagnie des Suuns, l’autre en solitaire sur le label Constellation pour lequel Radwan œuvre aussi derrière les commandes. Entre imprécations sensibles, expérimentations sonores et électro minimaliste, Jerusalem In My Heart bouscule, fascine et hypnotise.

Matt Berninger (chanteur de The National) observe son passé et revisite ses rêves adolescents aux côtés de son vieux pote Brent Knopf (Menomena). Engagés dans un projet parallèle nommé EL VY, les deux hommes signent un album entre new-wave et post-punk, où on zone dans des chambres d’hôtel traversées par le fantôme des Minutemen, l’amour et l’ennui. Musique et mélancolie pour la vie.

Il y en aura pour le juger coiffé de la couronne d’héritier de Gill Scott-Heron, ou né des effleurements dérobés de John Coltrane et Nick Drake. D’autres choisiront tel grain de beauté soul de James Blake, tel repli de la nuque de Fink pour dresser son portrait, en tâtonnements soyeux. Dans le lacet doux-amer des notes de Jono McCleery, au creux de leur sobriété, de leur sérénité, vous finirez par vous draper.

Entre pics abrupts, campagnes reposantes, sous-bois épineux et dancefloors en velours, la balade dans la discographie de John Grant est tout sauf une flânerie du dimanche. L’ex-Czars continue à triturer les cartes-mères pour élargir une palette sonore au service de ses addictions eighties. ‘Grey Tickles, Black Pressure’, une nouvelle pièce maîtresse dans une production qui ne cesse de devenir décisive pour peu qu’on en force les cadenas.

‘Valse 333’ est un petit miracle, une acmé de pop un peu sale, un truc fulgurant où les thorax sont des balafons et où l’on traverse la Mer Rouge en pyjama à mille fois la vitesse du son, laissant sur place les vagues figures – Jean-Louis Murat, Arthur H – auxquelles on pourrait associer son auteur, Julien Sagot, 37 ans, dont 25 au Québec et une dizaine dans un groupe assez moyen (Karkwa) dont il s’émancipe aujourd’hui avec une folie et une démiurgie rares.

Révélation hypnotique et abrasive, TRAAMS remonte la machine à bloc et libère les forces motrices pour un second album saturé. ‘Modern Dancing’ devrait laisser pantois tout amateur de rock indé en manque, jetant les ponts qu’il restait à construire entre Television, Weezer, Neu ! et Pavement. Stu Hopkins, chant brisé à cru sur un flot de feed-back, s’isole au milieu des cartons à chaussures pour en aborder la genèse.

Il nous fallut attendre leur venue à l’A.B. en octobre pour se prendre Sleaford Mods en pleine face. Entre hip-hop bancal et post-punk instable, la recette fait mouche et percute. S’ils parlent de la colère et des frustrations quotidiennes, leurs textes disent les choses sans artifice et sans haine, aiguisés dans le corps d’une langue taillée au couteau. Ses brûlots, le groupe vous les flanque à la gueule et n’attend rien en retour.

Immense espoir de la techno aux multiples influences (de la house à l’EBM en passant par le dark wave), Helena Hauff est passée en 2015 au stade d’artiste confirmée de tout haut niveau. Grâce à deux EP (‘A Tape’ et ‘Lex Tertia’) et un premier LP absolument miraculeux, la productrice de Hambourg inscrit déjà son nom à la (longue) liste des DJ allemands à suivre à tout prix.

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Issue 215 – novembre 2015 http://rifraf.be/fr/issue-215-novembre-2015/ http://rifraf.be/fr/issue-215-novembre-2015/#comments Fri, 30 Oct 2015 17:20:25 +0000 http://rifraf.be/?p=2706287 RifRaf Musiczine

On tient Odezenne à l’œil depuis quelques années déjà. On les kiffait dans l’ombre. En secret bien gardé. Mais aujourd’hui, le trio bordelais qui ne fait ni tout à fait du hip hop ni totalement de la chanson, revient avec un album électro-extraterrestre dont il est impossible de passer sous silence la trop belle tristesse. Un disque qui peut à la fois inviter à pleurer, à danser et servir de manuel de psychanalyse aux pratiquants du cunnilingus, c’est précieux. Leur grammaire rythmique jouette et branque, leur pétrissage amoureux des vocables, leur bestiaire – souvent mort mais foncièrement vif – font office chez nous d’élixirs, d’exhausteurs de réel pour nous bercer la tête bien près du mur. C’est peu dire que ‘Deableries’ nous a fait enfiler fissa ses coquins de hauts-de-chausses glissants et qu’il y avait dans l’air comme une impétueuse envie de célébrer, en compagnie de Sing Sing, les mystères […]

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On tient Odezenne à l’œil depuis quelques années déjà. On les kiffait dans l’ombre. En secret bien gardé. Mais aujourd’hui, le trio bordelais qui ne fait ni tout à fait du hip hop ni totalement de la chanson, revient avec un album électro-extraterrestre dont il est impossible de passer sous silence la trop belle tristesse. Un disque qui peut à la fois inviter à pleurer, à danser et servir de manuel de psychanalyse aux pratiquants du cunnilingus, c’est précieux.

Leur grammaire rythmique jouette et branque, leur pétrissage amoureux des vocables, leur bestiaire – souvent mort mais foncièrement vif – font office chez nous d’élixirs, d’exhausteurs de réel pour nous bercer la tête bien près du mur. C’est peu dire que ‘Deableries’ nous a fait enfiler fissa ses coquins de hauts-de-chausses glissants et qu’il y avait dans l’air comme une impétueuse envie de célébrer, en compagnie de Sing Sing, les mystères encore à frôler en compagnie de Arlt.

Conducteur fantôme sur l’autoroute du rock français, artisan extra-lucide d’une poésie du désastre intime et universel, Pascal Bouaziz nous a habitués avec Mendelson à prendre son temps pour asséner ses uppercuts à la foi dans le quotidien. Sous l’impulsion de Jean-Michel Pires, un des deux batteurs de la formation, le side-project Bruit Noir a vu la nuit dans une forme d’urgence. Alan Vega et Martin Rev ne sont pas loin. Kerouac et Ginsberg, Ian Curtis et les Bisounours non plus.

Oh-My-Fucking-G.O.D.! On aimait Oneohtrix Point Never pour son électro exigeante, mais rien ne nous préparait à la déferlante de beats de ‘Garden Of Delete’. Outrancier, ce second disque pour l’écurie Warp éclabousse sans vergogne son auditeur. C’est un patchwork bruitiste et hyperactif au but non dissimulé : foutre la vulgarité pop à poil pour en révéler toute la sensualité, à grand renforts de digressions brutales et de surprises stylistiques. Daniel Lopatin reste aussi imprévisible que sa musique.

Entre ombres et lumières, battements de cœur, synthés lunaires et ultimes lueurs du stroboscope, on s’abandonne dans les limbes de ‘Howl’, un disque magique – et majeur – imaginé par Ryan West. Seul homme derrière les manettes de Rival Consoles, l’artiste londonien assène l’uppercut électromagnétique de cette fin d’année : une plaque tournante, toujours mouvante, qui connecte les circuits de James Holden, ceux de Jon Hopkins et du ‘WIXIW’ des Liars. Une fameuse performance.

Trois ans après un premier album particulièrement brut de décoffrage, The K déploie un son certes moins directement agressif, mais finalement beaucoup plus tendu et lancinant. Le trio liégeois revient avec un disque bien plus insidieux,une collection de dix titres cisaillés avec finesse, irrésistiblement menaçants et torturés.

Un disque sournoisement réjouissant, une personnalité main de fer dans un gant de soie, une façon de puiser dans le creuset historique de la pop pour mieux lui mordre le cou, bien plus sauvagement que Deerhunter : autant de raisons qui nous ont donné féroce envie d’osciller avec US Girls, ‘Half Free’ mais entièrement consentants, entre horreur et désir.

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Issue 214 – octobre 2015 http://rifraf.be/fr/issue-214-octobre-2015/ http://rifraf.be/fr/issue-214-octobre-2015/#comments Sat, 03 Oct 2015 07:57:59 +0000 http://rifraf.be/?p=2706281 RifRaf Musiczine

Crépitant dans le foyer depuis des mois, Feu! Chatterton incendie notre cœur avec ‘Ici le jour (a tout enseveli)’. Sans peur et sans reproche, le chevaleresque quintet français survole le terrain miné de la chanson française, déjouant tous les pièges. Si leur présence scénique sidérait déjà l’audience, le disque stupéfie tout autant. A la faveur de deux derniers disques grande classe, souvent sobres et graves, puissamment mélodiques, Bertrand Belin est devenu un des rares émules de Dominique A à avoir su s’imposer. Et, surtout, se faire désirer. Pour beaucoup, aujourd’hui, il est le parangon du bon goût en français. Là, il a la bonne idée de booster ses arrangements et de nous proposer, c’est lui qui le dit, un disque exotique. *** Julia Holter est depuis ‘Ekstatis’, son second album de 2012, un nom incontournable dont chaque apparition est attendue avec une énorme impatience. Une fois de plus, l’artiste de […]

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Crépitant dans le foyer depuis des mois, Feu! Chatterton incendie notre cœur avec ‘Ici le jour (a tout enseveli)’. Sans peur et sans reproche, le chevaleresque quintet français survole le terrain miné de la chanson française, déjouant tous les pièges. Si leur présence scénique sidérait déjà l’audience, le disque stupéfie tout autant.

A la faveur de deux derniers disques grande classe, souvent sobres et graves, puissamment mélodiques, Bertrand Belin est devenu un des rares émules de Dominique A à avoir su s’imposer. Et, surtout, se faire désirer. Pour beaucoup, aujourd’hui, il est le parangon du bon goût en français. Là, il a la bonne idée de booster ses arrangements et de nous proposer, c’est lui qui le dit, un disque exotique. *** Julia Holter est depuis ‘Ekstatis’, son second album de 2012, un nom incontournable dont chaque apparition est attendue avec une énorme impatience. Une fois de plus, l’artiste de Los Angeles confirme nos folles espérances et, à l’instar d’une Marissa Nadler poptronica, son inspiration côtoie instantanément les étoiles.

Du côté de Dublin, quatre garçons s’excitent sous la mini-jupe de Girl Band. Dans un élan hormonal où le taux de testostérone monte systématiquement dans le rouge, le groupe claque neuf morceaux du poing. ‘Holding Hands With Jamie’ est une transe bruitiste, une torgnole électrique parcourue de râles nerveux. Le premier album des Irlandais transpire la rage et libère les corps. *** Montréal.‘More Than Any Other Day’, premier album d’Ought, apparaissait comme un journalier bousculé consignant les faits les plus anodins de la vie courante en milieu urbain. Ca dépotait grave. ‘Sun Coming Down’ aiguise plus encore le sens du quotidien. Son propos tombe sur la ville tel un coucher de soleil après une journée de chicanes. Il voit le groupe prendre ses marques et se détacher de ses influences early eighties pour adresser un rock adroit et adrénergique.

!!! restera ce groupe insondable dans sa démarche, indéfinissable par son style, pour le meilleur et pour le pire. Car si !!! a bien compris une chose, c’est que la danse n’obéit à aucune contrainte esthétique, échappe à la dictature du goût et des mœurs. ‘As If’ est un ‘melting-pute’ maousse et jubilatoire, un long mouvement de bassin, un grand écart obscène près d’une barre de pole dance. *** Alors qu’à l’époque de ’Wakin’ On A Pretty Daze’, les chroniqueurs évoquaient la magie de l’univers Kurt Vile en recourant à des néologismes tels que progpop, c’est davantage au spaceblues qu’il faudra aujourd’hui songer pour cerner l’horizon musical qu’explore le grand chevelu aux idées larges. ’B’lieve I’m Goin Down…’ compose un savoureux cocktail de blues, de folk et de rock psyché; ça plane toujours pour lui!

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Issue 213 – septembre 2015 http://rifraf.be/fr/issue-213-septembre-2015/ http://rifraf.be/fr/issue-213-septembre-2015/#comments Wed, 19 Aug 2015 18:01:32 +0000 http://rifraf.be/?p=2706273 RifRaf Musiczine

Entre guitare et piano, le dixième essai du Canadien Dan Bejar sculpte des hymnes millésimés, orchestrés de cordes et de cuivres luxuriants. ‘Poison Season’ rassemble toutes les obsessions de son créateur : références à la vie, à la mort, à Bowie, à Lou Reed, aux filles inaccessibles et aux villes imprenables. Entre album de la rentrée et disque de l’année, Destroyer tient son chef-d’œuvre. De cavalcades en bravades, Battles a bataillé ferme pour arriver là où il est aujourd’hui. Réduite à un trio depuis le départ de Tyondai Braxton, l’unité assume ses conquêtes et assure ses positions. ‘La Di Da Di’ voit nos hommes se recentrer sur eux­mêmes au travers de compositions prodigieusement percussives, avec une pointe d’africanisme qui leur colle aux fesses. Extraits de la feuille de route avant le déploiement tactique. Si vous avez grignoté votre lot de pétales avec Alex Scully et Victoria Legrand, vous ne retrouverez […]

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Entre guitare et piano, le dixième essai du Canadien Dan Bejar sculpte des hymnes millésimés, orchestrés de cordes et de cuivres luxuriants. ‘Poison Season’ rassemble toutes les obsessions de son créateur : références à la vie, à la mort, à Bowie, à Lou Reed, aux filles inaccessibles et aux villes imprenables. Entre album de la rentrée et disque de l’année, Destroyer tient son chef-d’œuvre.

De cavalcades en bravades, Battles a bataillé ferme pour arriver là où il est aujourd’hui. Réduite à un trio depuis le départ de Tyondai Braxton, l’unité assume ses conquêtes et assure ses positions. ‘La Di Da Di’ voit nos hommes se recentrer sur eux­mêmes au travers de compositions prodigieusement percussives, avec une pointe d’africanisme qui leur colle aux fesses. Extraits de la feuille de route avant le déploiement tactique.

Si vous avez grignoté votre lot de pétales avec Alex Scully et Victoria Legrand, vous ne retrouverez peut­être pas dans ‘Depression Cherry’ la cohorte de lucioles d’euphorie douce­amère de ‘Bloom’, la pleine éclosion de pivoines, la constellation hédoniste entièrement accomplie. Toutefois, l’Adn contemplatif de Beach House leur interdira tout hors­bord irrémissible. Que tout finisse par faner ou que tout perdure, tendre demeurera leur nuit…

Increvable, Low revient avec un clinique ‘Ones and Sixes’ à la beauté froide et torturée. Pour cet énième coup de maître, les attachants mormons restent fidèles à leurs recettes de vingt ans déjà. Avec cette fois BJ Burton (Poliça) à la barre et Justin Vernon dans les parages – rien que ça, Low semble être toujours du bon filon. D’aucuns appellent ça l’expérience.

Malade imaginaire, brancardière d’émotions authentiques, Ane Brun met tout son cœur à l’ouvrage pour donner corps à des chansons bouleversantes, des tranches de mélancolie disséquées avec passion. Depuis quinze ans, la Norvégienne procure du bonheur en crevant les abcès du mal. Nouveau butin, ‘When I’m Free’ pose dix diamants sur un coussin de soie.

Après deux disques impeccables, presque jumeaux, Isbells s’était fait plus discret. Il lui aura fallu trois ans et demi pour terminer ‘Billy’ et dissiper les doutes quant à la forme à lui donner, entre sobriété rêche et arrangements quasi clinquants. Le folk simple des débuts côtoie des titres plus développés où le piano et les cuivres mélancoliques rivalisent de subtilité. Une nouvelle réussite.

Branle­bas de wombat chez les abonnés psycheux : il faudra une loupe pour trouver l’ombre d’une guitare dans ‘Currents’. Exit les grattes prétentieuses qui étaient jadis l’apanage de notre savant aborigène. Parker s’amuse à les travestir, à les utiliser à contre­emploi. Finis les cours ex cathedra d’histoire des musiques hallucinogènes. Tame Impala découvre le futur.

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Issue 212 – juillet 2015 http://rifraf.be/fr/issue-212-juillet-2015/ http://rifraf.be/fr/issue-212-juillet-2015/#comments Sat, 04 Jul 2015 12:33:35 +0000 http://rifraf.be/?p=2706265 RifRaf Musiczine

A première vue, Jaakko Eino Kalevi porte un nom à coucher dehors (de préférence à la belle étoile, dans le froid finlandais). Question musique, on tient un fameux loustic : fan de Sébastien Tellier et adepte de la zénitude-cool de Connan Mockasin, Jaakko possède de vrais-faux airs d’Ariel Pink. En dix morceaux, brossés à l’aide de guitares funky et de synthés givrés, ce crooner de l’ère glaciaire emballe la bande-son de notre été. Farniente ! En 1996, Jay-Jay Johanson nous servait son premier ‘Whiskey’. L’addiction était fulgurante. Si le Suédois fait toujours partie de nos meubles aujourd’hui, c’est parce qu’il reste un de ces fournisseurs, rares et fidèles, de chansons à la mélancolie élégante. Il nous invite à combler le manque en consommant les onze perles pleines de grâce de son ‘Opium’. Renouant avec le charme de ses productions initiales, le dandy fragile semble avoir retrouvé la recette miracle pour […]

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A première vue, Jaakko Eino Kalevi porte un nom à coucher dehors (de préférence à la belle étoile, dans le froid finlandais). Question musique, on tient un fameux loustic : fan de Sébastien Tellier et adepte de la zénitude-cool de Connan Mockasin, Jaakko possède de vrais-faux airs d’Ariel Pink. En dix morceaux, brossés à l’aide de guitares funky et de synthés givrés, ce crooner de l’ère glaciaire emballe la bande-son de notre été. Farniente !

En 1996, Jay-Jay Johanson nous servait son premier ‘Whiskey’. L’addiction était fulgurante. Si le Suédois fait toujours partie de nos meubles aujourd’hui, c’est parce qu’il reste un de ces fournisseurs, rares et fidèles, de chansons à la mélancolie élégante. Il nous invite à combler le manque en consommant les onze perles pleines de grâce de son ‘Opium’. Renouant avec le charme de ses productions initiales, le dandy fragile semble avoir retrouvé la recette miracle pour remplir d’idéal nos moments de spleen.

Avouons-le: la ligne d’horizon projetée par Real Estate nous avait toujours paru un peu claire. Quant aux canetons obliques de Ducktails, jusqu’à ‘The Flower Lane’, ils nous semblaient plus attirants mais en pagaille, mus par des élans vifs, curieux mais déconstruits. Sur ‘St Catherine’, Matt Mondanile drappe enfin sans réserve sa bedroom pop d’atours si veloutés qu’on risque de se laisser aller à rêvasser dans ses allées, volontairement égarés, tout l’été ou plus encore…

Avec un disque tous les cinq ans, Manuel Bienvenu sait se faire rare. Et donc précieux. D’autant plus que ses opus sont des mines d’or qu’on creuse encore aujourd’hui, dix ans après avoir suivi la première veine aurifère d’‘Elephant Home’. Depuis le début, il pianote dans le jazz seventies et le rock avant-garde façon Canterbury, Wyatt, Machine Molle. Sur ce troisième essai, il va jusqu’à reprendre Ben Watt (versant pop) et Michael Mantler (versant jazz) et les emmène dans ce monde chimérique aux arrangements châtiés.

En France, la musique ne vient pas du blues, elle vient de la cave. L’Hexagone ne l’avait pas encore compris, alors les Ricains ont capturé la lueur (noire) dans le regard de The Limiñanas. Enfants terribles d’un yéyé psychélectrique, Marie et Lionel ont mis un coup de pied au cul du rétro pour rendre les 60’s plus modernes que jamais. The Limiñanas se font serrer dans un coffret, leurs trois albums et quelques raretés planquées sous le cuir. Séance de rattrapage essentielle de votre été, ‘Down Underground’ rend enfin justice, sur nos terres, à leur discographie.

A chaque décennie ses cycles. A chaque cycle ses hypes. Et à chaque fois le rock se régénère, réactive ses artéfacts, se raconte à nouveau la même histoire. Après plusieurs EP à succès auprès d’un public à peine pubère, Wolf Alice présente enfin un premier album très en phase avec les demandes de son audience cible : ‘My Love Is Cool’. A son écoute, on comprend que le rock est avant tout une culture adolescente. C’est parfois ce qui fait sa fragilité ou sa pugnacité. Quelquefois c’est un savant mélange des deux qui s’impose, comme chez le combo du nord de Londres.

Au travers de notre second cahier festivals et de son agenda, Dour Festival, Capital Sounds, M-idzomer, Reggae Geel, Esperanzah!, Les Nuits Secrètes, Ronquières Festival, Congés Annulés, Micro Festival, Dranouter Feest in het Park, Ieperfest, Brussels Summer Festival, Cabaret Vert, Pukkelpop sont passés à la loupe RifRaf.

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Issue 211 – juin 2015 http://rifraf.be/fr/issue-211-juin-2015/ http://rifraf.be/fr/issue-211-juin-2015/#comments Sat, 30 May 2015 09:39:45 +0000 http://rifraf.be/?p=2706256 RifRaf Musiczine

Fervente énergie noise collective dans Trunks, partitions au cordeau composées pour des pièces de la compagnie l’Unijambiste, comptines débraillées des ‘Mistoufles’ : autant d’étapes nourrissantes, autant de collaborateurs aussi inspirants que cohérents dans sa constellation vivace ont permis à Laetitia Sheriff de trouver aujourd’hui son fil d’aplomb, sa véracité viscérale. Troisième album sincère et secoué, ‘Pandemonium, Solace and Stars’ se joue des dangers à force de contrastes et se rit du diable lui-même. Nageur en eaux très troubles, Unknown Mortal Orchestra nous avait tous drapés avec ‘II’ dans une nuit exsangue, dans l’ouate déchirée d’un psychédélisme touchant, incapable de planquer ses plaies sous l’oreiller. C’est en diablotin à ludiques ressorts, en maître loyal irisé que Ruban Nielson ressurgit: pas débarrassé de toutes ses afflictions, mais désormais sur le rebond, à califourchon sur une luxurieuse basse funk. On en connaît que cette surprenante virevolte déstabilisera: on leur opposera le droit qu’ont […]

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Fervente énergie noise collective dans Trunks, partitions au cordeau composées pour des pièces de la compagnie l’Unijambiste, comptines débraillées des ‘Mistoufles’ : autant d’étapes nourrissantes, autant de collaborateurs aussi inspirants que cohérents dans sa constellation vivace ont permis à Laetitia Sheriff de trouver aujourd’hui son fil d’aplomb, sa véracité viscérale. Troisième album sincère et secoué, ‘Pandemonium, Solace and Stars’ se joue des dangers à force de contrastes et se rit du diable lui-même.

Nageur en eaux très troubles, Unknown Mortal Orchestra nous avait tous drapés avec ‘II’ dans une nuit exsangue, dans l’ouate déchirée d’un psychédélisme touchant, incapable de planquer ses plaies sous l’oreiller. C’est en diablotin à ludiques ressorts, en maître loyal irisé que Ruban Nielson ressurgit: pas débarrassé de toutes ses afflictions, mais désormais sur le rebond, à califourchon sur une luxurieuse basse funk. On en connaît que cette surprenante virevolte déstabilisera: on leur opposera le droit qu’ont les phénix de faire de leurs remontées d’abyme des pieds-de-nez émancipateurs, de laisser dégouliner un peu de pluie acide – forcément violette – sur les esprits chagrins.

John Darnielle fait partie de cette poignée de singers-songwriters qui s’adressent à toi, auditeur, la main sur l’épaule. On l’écoute avec la même ferveur que celle ressentie sur la quinzaine d’albums des Mountain Goats. Derrière ses chansons palpite la voix d’un auteur, un vrai, un homme pétri d’images frappantes, de visions uniques, de mots taillés dans le diamant brut. Sur ‘Beat The Champ’, celui qui fut l’une des figures de proue du label 4AD rend cette fois hommage aux catcheurs, figures héroïques d’une enfance malmenée, et délivre un album d’une richesse infinie. Droit au cœur.

Grand roux au cœur lo-fi, Benoît Lizen chante en galionka, ce langage imaginaire qu’il s’est créé pour faire sonner son folk bricolo encore plus doux, encore plus chaleureux. Mais il semblerait qu’il parle aussi de pamplemousses. Avec des guitares de Coyote. Certes on n’a pas tout compris mais ça faisait longtemps qu’on n’avait plus été aussi retourné par un disque de rien du tout. Et pour ça, il n’y a de toute façon pas de mot.

Derry. Irlande du Nord. Témoin du fameux « Bloody Sunday », symbole d’une lutte acharnée entre les hommes, le lieu est balayé par des vents marins et par le souffle persistant de la tragédie. Les pieds posés sur sa planche de skate, Bridie Monds-Watson trimballe son look de garçon manqué à travers les souvenirs et les rues de la ville. À 18 ans, planquée derrière les majuscules de SOAK., la jeune femme esquive les exigences du monde adulte et capture les désillusions de sa génération sur ‘Before We Forgot How To Dream’, premier album lacéré par l’amour, l’ennui et l’abandon. Un trésor désenchanté à l’attention des âmes sensibles.

C’est au bar du Botanique qu’on rencontre Sophie Hunger. La charmante Suissesse y défend avec malice un cinquième album audacieux – il fallait oser s’attaquer à ‘La Chanson d’Hélène’ – en tout point épatant. Entre deux gorgées d’eau qui pique, elle nous dévoilera aussi son enthousiasme juvénile pour Courtney Barnett, sa passion intéressée pour le dernier avant-centre vedette du Mönchengladbach et une drôle d’histoire d’intoxication à l’hélium.
Au travers de notre premier cahier festivals et de son agenda, Out Loud, Pinkpop, Fête de la Musique, Graspop Metal Musique, Rock Werchter, Verdur Rock, Couleur Café, Rock A Field, Paradise City, Les Ardentes, Cactus Festival sont passés à la loupe RifRaf.

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